Samedi 20 août 2011
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Paulo des alouettes, Paulo des étoiles
Il est beau Paulo et il sait le chant des oiseaux. Il est muet aussi, mais pas sourd. Enfin, il est
muet… certains le croient, mais moi je sais que quand il se met à chanter comme l’Alouette à l’aube il a une voix à faire pâlir les étoiles. D’ailleurs, il fait pâlir les étoiles… Il les allume
aussi parfois. Paulo ne parle à personne d'autre qu’à moi.
Il est beau Paulo. Il était au-dessus de mon berceau quand j’ai vu le jour, enfin… le premier jour.
Comme une fée ou un ange gardien. A ce qu’on raconte, sa mère, qui était un peu guérisseuse, avait aidé ma mère en couches. Elle aidait aussi aux cuisines. La pauvre femme l’avait eu à 15
ans, on dit qu’un chèvre-pied l’avait surprise alors qu’elle glanait du bois dans la forêt. Elle avait bien tenté de le tuer dans l’œuf mais ses potions avaient échoué et Paulo était né, doué
pour chanter comme un oiseau. Paulo avait déjà 10 ans quand je vins au monde et il ne m’a jamais quittée. Même que ça pose problème car les autres, tous les autres, sont jaloux du lien qui nous
unit depuis toujours.
Au début, quand je ne marchais pas encore ça arrangeait tout le monde. Dès les premiers jours de ma
vie ma mère s’est très vite détachée de moi, il fallait bien que quelqu’un m’accompagne, alors Paulo m’a prise par la main. Il a guidé mes premiers pas, il a été l’objet de mes premiers sourires
et de mes premiers éclats. Eclats de rire, éclats de voix, je le maltraitais un peu il faut le dire. Juste pour qu’il décroche la lune pour moi. Et la nuit venue il décrochait la lune,
m’emportait dans la forêt qui l’avait vu vagir et allumait les étoiles une à une, en sifflant une mélodie que je suis seule à connaître. Celle de Paulo qui allume les
étoiles…
Et puis j’ai grandi et Paulo était toujours là, tout près de moi. A cause de ça il se faisait des
ennemis, je les entendais chuchoter dans son dos, certains disaient même des choses affreuses sur lui, sur son physique, faut croire que sa beauté en dérangeait plus d’un… parfois même ils le
bousculaient carrément. Mais Paulo me protégeait et je protégeais Paulo. Qui aurait osé affronter la fille des Maîtres ?
Et le temps a passé, le château s’est vidé des importuns. Ma mère est morte sans m’avoir jamais
aimée, mon père a disparu sans avoir jamais existé. La mère de Paulo continue d’officier en cuisine et assure le train de la maison. Paulo et moi on continue de parler chaque nuit aux étoiles.
Alors un peu pour lui éviter les coups, un peu pour m’éviter la jalousie des autres, celles de l’extérieur, j’ai limité nos déplacements à l’enceinte et aux abords du château. Le parc était assez
grand pour nous deux, la lune, les étoiles et les alouettes…
Au fond du parc justement, il y a la mer et un soir de pleine lune Paulo m’a expliqué que parfois
les étoiles qui se reflétaient dans l’eau tombaient du ciel jusqu’au fond de la mer. Un jour justement, il m’en a rapporté tout un seau. Il avait mis sa salopette et son pull marin… Je me
suis blottie contre sa large poitrine et il a sorti les étoiles du seau, une à une, les étoiles de mer sont rouges m’a-t-il dit… parce que, tombées du ciel, l’échauffement de leur longue
chute les a rougies et le sel de la mer a fixé leur teinte, éternellement.
Il est beau Paulo, je le sais bien, je l’entends dans son souffle quand il se penche sur moi, qu’il
emmêle ses doigts dans mes cheveux et caresse ma peau avec tant de douceur. Pas besoin de parler pour comprendre son langage, il sait si bien me dire toutes les choses de la vie qu’il m’amène à
comprendre puisque depuis le premier jour Paulo sait bien que je ne peux les voir.
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