Campo Stellae (Le champ des Etoiles)
Le 18 ème jour – Mercredi 3 Mai : Los Arcos/Viana
Dernière étape en Province de Navarre… puis j’entrerai au cœur de la Rioja. Il n’est que 7h30, pourtant, encore une fois, je suis la dernière à quitter le gîte. Je peux donc goûter pleinement tous les bonheurs du chemin, en solitaire.
Vision insolite à quelques centaines de mètres du refuge : un cimetière de bornes kilométriques de provenances très diverses (Logrono, Torres, Estella, Urbiol…), elles ont échoué là au milieu des oliviers et des fleurs sauvages après la réfection de l’ancienne Nationale 111.
Il fait un temps superbe, j’ai plaisir à cheminer à travers champs, vignes et amandiers… Je retrouve les odeurs du petit matin… Je passe à gué el arroyo de Valseca puis deux ou trois kilomètres plus loin el arroyo San Pedro… Tout autour de moi et jusqu’à l’horizon, mon regard se perd dans les immenses étendues champêtres… des plaines en dégradé de verts à perte de vue… Je commence à ressentir une certaine ivresse à marcher seule au milieu de ces espaces désolés.
J’entre enfin dans le village de Sansol par la Calle Mayor puis la Calle Real qui laisse supposer qu’un roi au moins l’a prise avant moi… Torres del Rio, le village suivant est si près du premier qu’ils semblent n’en former qu’un seul à peine séparés par le rio Linarès. Le chemin remonte dru vers Sancto Sepulcro, une jolie église que j’aurais aimé visiter… Un pèlerin de Majorque rencontré à l’Auberge dans la soirée aura plus de chance que moi et saura en trouver la clef…
C’est à la sortie de Torres del Rio que perdue dans mes pensées je manque un embranchement et me retrouve, perdue, au milieu des oliviers, du thym, de la garrigue… J’aperçois le chemin en contrebas, juste en face de moi, mais je ne peux franchir les 50 m qui m’en séparent car je me suis embringuée dans une série de restanques infranchissables bordées de ronciers plus hauts que moi. En tentant de rejoindre ce chemin qui me narque à quelques dizaines de mètres plus bas, je me pique à la végétation sauvage, je roule sur des pierriers et des blocs de terre durs comme du béton… je perds une bonne heure à couper à travers collines et rocailles pour retomber sur la nationale 111. En longeant cette route goudronnée sur 500 m je rejoins enfin le chemin, qui, aux abords de Viana devient si étroit que les orties qui le bordent des deux côtés me caressent « gentiment » les mollets… La montée jusqu’au gîte est raide et dans la colonne « observations » du registre des entrées de l’Albergue « Andres Munoz », je marque « ouf ! ».
Aujourd’hui j’ai cheminé en solitaire durant les 20 km de l’étape, et si l’arrivée au refuge est toujours un soulagement, je vois bien que ces presque trois semaines de marche intense portent leurs fruits. Les vingt kilomètres d’aujourd’hui n’ont pas été aussi douloureux que les 8 séparant Bussunarits de St-Jean-Pied-de-port…
Arrivée en début d’après-midi j’ai le temps de visiter la petite ville de Viana, très jolie, aux ruelles étroites et ombragées… je fais quelques courses en prévision du casse-croûte du lendemain et surtout j’achète un petit pot de « guajada », caillé de brebis découvert depuis quelques jours et dont je me gave avec délices et sans remords…
Je me joins à quelques pèlerins sympathiques pour aller dîner chez « Pitù » où l’on nous sert un repas mémorable… Repas qu’oublie de payer « Michel », un pèlerin très étourdi (mais dont l’étourderie semble chronique à ce que disent certains) … je règle sa note pour éviter un esclandre dans le restaurant…. Et quand je lui signale plus tard son oubli, il me remercie gentiment mais oublie aussi de me rembourser…
Nous sommes déjà en Mai, la montagne est loin, à plus de 150 km derrière moi, en passant sur le versant sud des Pyrénées j’ai trouvé non seulement une végétation et un climat plus méditerranéen mais aussi la douceur du soir dans l’été qui s’annonce. Le retour à l’Albergue par les ruelles pavées à l’atmosphère médiévale me laisse comme un regret, celui de ne faire que passer…
Cette nuit encore les ronflements berceront mon sommeil, mais qu’importe cette promiscuité si c’est une partie du prix à payer pour en goûter toutes les merveilles… je me sens vraiment au « cœur » du chemin.
Je suis heureuse que mon récit te plaise autant... J'ai eu aussi beaucoup de bonheur à l'écrire parce que c'était une manière de revivre le bonheur que j'ai eu à faire ce chemin extraordinaire...
Du courage... il n'en faut pas tant que ça. Je crois qu'il faut surtout de la détermination. Lorsque je suis partie je ne savais pas ce qui m'attendait sur le Chemin... mais j'avais une certitude c'est que je ne VOULAIS pas m'arrêter avant d'arriver au bout !