Campo Stellae (Le champ des Etoiles)
4ème jour : Mercredi 19 Avril 2000
Saint-Palais/Ostabat : 15 km
Ce matin, malgré des pieds encore un peu douloureux, je suis en pleine forme. J’ai en effet passé une nuit divine… et j’ai dormi comme un
ange, normal… Je dois rester une matinée à Saint-Palais, car ma sœur Christiane vient me rejoindre, venant de Bordeaux, pour faire avec moi quelques étapes du chemin pendant une dizaine de jours.
J’attends au lieu de rendez-vous, sur le pont de Saint-Palais… lorsque la pluie se met à nouveau à tomber… je me dis qu’il faudra bien que j’en prenne l’habitude, je reste donc à l’attendre sous
la pluie et je pense aussi à l’étrange chemin que nous allons prendre ensemble alors que tant d’évènements nous ont, depuis l’enfance, éloignées l’une de l’autre.
Je ne sais si le climat un peu spécial qui règne à « Zabalik » y est pour quelque chose, mais depuis hier soir j’ai l’impression,
avant même que ma sœur n’arrive, d’être déjà « accompagnée ». C’est arrivé alors que j’assistais aux vêpres et que le père Txantxo officiait. La petite chapelle de la congrégation est
une pièce où le bois domine et lui donne une ambiance feutrée, très chaleureuse… perdue dans mes pensées, déjà sur le chemin, je ne suivais pas vraiment le déroulement de l’office, et puis il y a
si longtemps que je ne suis pas entrée dans une église…. J’avais accepté d’assister aux vêpres surtout pour faire plaisir à mon hôte… Bercée par des paroles que je n’essayais pas de comprendre,
mon cœur s’apaisait doucement, la voix très douce du frère Txantxo parvenait quelques fois jusqu’à moi, j’en entendais quelques mots, très justes, qui me frappaient et s’envolaient aussitôt. Mais
j’étais comme « baignée » de douces certitudes et d’une béate sérénité… Oui ça peut paraître étrange et un tantinet simplet… mais je ne trouve pas d’autres mots pour dire l’extrême
plaisir que j’ai eu durant quelques minutes à être là et à penser que je n’aurais pas pu être mieux à ma place qu’ici-même, à ce moment précis….
Après un rapide repas à la table des Franciscains, nous reprenons la route, Christiane et moi, en début d’après-midi et attaquons la montée
jusqu’à GIBRALTAR, carrefour où convergent les trois chemins venant de Tours, de Vezelay et du Puy en Velay. La côte est assez raide, mais nous avançons d’un bon pas. Pour Christiane, à la
recherche de son souffle, la montée est un peu plus difficile, mais dans les descentes elle file comme un cabri et me laisse à la traîne… je me dis que les kilomètres à venir réguleront nos
pas…
Nous arrivons au Sanctuaire de Souyharce dédié à la Vierge. Un magnifique panorama s’offre à nous après 2 km d’une montée assez difficile
(pour moi…) puis c’est à nouveau 2 km de descente jusqu’au Hameau d’Harambeltz… et là mes pieds commencent à me faire horriblement souffrir. La descente les achève et j’arrive à Ostabat sur les
genoux… (à bout de souffrance…). Je comprendrais mieux pourquoi en enlevant chaussures et chaussettes sur de belles ampoules et lambeaux de chair..
Mais la douche est extraordinaire, le lit rustique me semble un douillet cocon. J’exulte. Le gîte est simple mais très accueillant et
sympathique. Le nom du bâtiment « Hospitalia » signale que ce lieu fut une halte incontournable pour les milliers de pèlerins qui transitaient par le pays basque et convergeaient vers
Saint-Jean-Pied-de-Port avant la grande étape de la traversée des Pyrénées.
Le dîner est fort étonnant au restaurant du centre du village où le patron, vrai livre ouvert sur le pays basque, nous conte superbement ses
coutumes, ses usages et son histoire… Il y a là une dizaine de pèlerins et chacun raconte son chemin, ses ampoules, ses espoirs…
Nuit un peu bruyante (il y a maintenant 18 personnes au gîte) mais entre les ronflements et les arrivées tardives, j’arrive à dormir
quelques heures…
Dim 4 sep 2005