Campo Stellae (Le champ des Etoiles)
Toute la soirée nous avons fait la fête, malgré la grande fatigue, parcourant les ruelles du vieux Santiago,
dansant avec les gens dans la rue, croisant les autres pèlerins un large sourire aux lèvres, enfin, heureux d’être là, d’y « être arrivés »…
Aujourd’hui, dimanche, la grand messe sera celle des Pèlerins de Saint-Jacques. Leurs noms seront prononcés, un par un et à haute voix , indiquant également leur point de départ. Avec Joël, Heinz et Zoé nous avons décidés de nous présenter au Palace de los Reyes Catholicos, le parador national qui offre à 10 pèlerins, chaque jour, le repas de midi. Je veux aussi mettre à profit cette journée pour visiter un peu mieux les joyaux d’architecture qui fleurissent dans la ville. Le petit séminaire de Santiago accueille les pèlerins pour deux nuits consécutives seulement et j’ai décidé de reprendre demain matin le chemin jusqu’à Finistère. Je prévois trois jours de marche supplémentaires. Mais je n’ai pu trouver nulle part un itinéraire précis. Mon guide s’arrête à Santiago et lorsque j’ai demandé au Secrétariat de l’Evêché une carte ou une indication écrite pour Finisterra, « on » m’a regardée de travers en disant que le pèlerinage s’arrête à Compostelle et que Finistère n’a pas vocation d’être incluse dans le pèlerinage. Zoé, qui en revient s’est perdue en chemin… mais me donne les lignes générales, à moi de me débrouiller pour arriver sans faire trop de kilomètres supplémentaires….
Je laisse donc mon sac à dos, mes affaires personnelles, au petit séminaire où je dormirai encore ce soir. Aujourd’hui je redeviens touriste pour
flâner dans une ville ouverte à tous, dispendieuse de trésors d’architecture et d’histoire, offerte à nos yeux et même à nos oreilles, une grand ruche à l’ambiance bien particulière. Mais d’abord
je tiens à assister à « la messe des pèlerins » et me dirige vers la Cathédrale. C’est dimanche et l’église est pleine à craquer. Je trouve une place, en bout de banc, juste devant le
Botafumeiro. Etrange ferveur qui me prend par surprise… je crois que d’un coup me tombe sur les épaules le poids de tous ces jours passés à dépasser mes « douleurs ». Je n’ai plus mon
sac sur les épaules mais cette légèreté retrouvée me semble presque plus pesante que les kilos douloureux que j’ai traînés sur le chemin. Pendant que se déroule l’office des centaines d’images
passent devant mes yeux, des paysages mais aussi des visages, des moments de joie intense et des moments de doute. Où en suis-je aujourd’hui au bout de ce chemin ? Qu’est-ce qui a changé en
moi ? Il est sans doute encore trop tôt pour le savoir…. Ce que je ressens à l’instant c’est ce poids justement que je ne sais qualifier. Une espèce de douleur sourde, comme quelque chose
que j’aurais oubliée le temps d’un cheminement mais qui, malgré les kilomètres parcourus, m’aurait rattrapée ici, à Santiago.
Entre malaise et exaltation, j’arrive à suivre tant bien que mal l’office donné avec beaucoup de « décorum ». Je tends
l’oreille alors qu’un prêtre commence à lire la longue liste des noms des pèlerins arrivés la veille. J’entends : « Martine, de Monfort en Chalosse », je me tourne vers ma voisine
de droite et je dis : « c’est mon nom ! », je me rends compte à l’instant que mon attitude est bien puérile… mais qu’importe, je me sens fière d’avoir été citée dans la longue
liste de ceux qui ont su marcher jusqu’au bout…
Puis 8 Prêtres (ou Bedauts) se préparent à monter tout en haut de la nef principale ce Botafumeiro
(encensoir géant) qui était au Moyen-Age censé purifier l’atmosphère qui régnait dans l’Eglise où les houpelandes des pèlerins charriaient odeurs nauséabondes et miasmes du
chemin…
Aujourd’hui, l’ascension du Botafumeiro est presque devenue une attraction touristique… Cependant, comme toutes les autres personnes
rassemblées ici, je sens en même temps que le Botafumeiro s’élève au bout de sa longue chaîne, monter en moi une ferveur qui ne m’est pas habituelle. L’encensoir se balance maintenant au-dessus
de la foule qui lève les yeux vers lui. L’instant est magique, c’est vraiment impressionnant. L’odeur de l’encens nous enveloppe complètement… Puis, l’office terminé, je me laisse porter par la
foule qui se dirige vers le grand escalier. Je cherche vainement des yeux mes amis Zoé, Joël et Heinz, nous finissons par nous retrouver à la porte du Parador, avec cinq autres pèlerins qui
attendent, comme nous, d’être « invités » à la table des Rois Catholiques…
Une petite porte latérale s’ouvre et le préposé nous compte et nous demande de montrer nos crédentiales. Nous suivons de
longs couloirs, longeons les cuisines, et débouchons dans une petite pièce agréable seulement meublée d’une longue table et de quelques chaises. Le couvert est en effet offert à 10 pèlerins
(aujourd’hui nous ne sommes que neuf) par jour, mais pas dans la grande salle de restaurant sous les magnifiques lustres en cristal ! Le repas est modeste (charcuterie, viande panée, pommes
de terre et crème dessert) mais bon. Nous faisons connaissance de nos vis-à-vis, 3 religieuses flamandes en civil, 1 brésilien très jovial, 1 enseignante française…
Nous ne sommes qu’en début d’après-midi, mais Heinz a décidé de repartir, Zoé aussi. Joël et moi les raccompagnons un petit bout de chemin.
On se promet de se revoir, on échange les adresses, on découvrent nos noms de famille, ignorés jusque là… On se quitte enfin, les yeux embués, la gorge serrée par l’émotion… Joël, qui était avec
Heinz arrivé deux jours avant moi, a déjà visité la ville. Il sait où se trouve quelques joyaux et m’y emmène pour me les faire découvrir à mon tour. Nous nous perdons dans les ruelles de
Santiago où il suffit parfois de pousser une porte cochère pour découvrir une merveille. Je vois tant de belles choses que j’en oublie leurs noms… l’après-midi passe très vite et mon guide
improvisé doit lui aussi repartir. C’est devant la Cathédrale que nous nous disons au revoir, avec encore beaucoup d’émotion.
Voilà, la boucle est bouclée… je suis seule au milieu de la Place del Obradoiro qui doit probablement
son nom aux ouvriers qui y avaient là leur chantier lorsqu’ils ont construit la Cathédrale… Je suis seule et désoeuvrée mais il me tarde de repartir demain. Ce chemin ne peut se terminer là si
brusquement. Il me faut bien encore trois jours pour me faire à l’idée de le quitter pour de bon.
Demain matin, de bonne heure, je reprends mon bourdon ! (sur la première photo, de gauche à droite, les joyeux visages de Heinz, Martine, Joël et Zoé !)
ma chère pélerine
j'espère qu'il y aura d'autres fois à ce chemin qui se termine dans la joie et la bonne humeur
tendresses
En tout cas, quel sourire !
Prends patience, tu pourras redémarrer, j'en suis sûr.
En attendant, raconte-nous les derniers jours vers Finisterra...
Bises, J F
pour les derniers jours à Finisterra, faut d'abord que je retrouve mes notes...
- le 22/09/2007 à 22h07
je suis prête pour la suite !
Cela fait longtemps que je n'étais pas passé sur ton blog, j'en suis désolé.
Je continue à suivre des voyages quand même.
Je t'embrasse
Bonne journée et bon courage
@lain
Amitiés, J F
Bonjour Martine. Je passais et j'ai put apprécier votre blog. Je viens de créer ma communauté, qui est basé sur l'information diverse. Nature, actualités, sciences,peinture, informations, découvertes, enfin bref tout pour améliorer notre connaissance. Les photos documentaires d'animaux, insectes, paysages et autres sont les bienvenues. Vous êtes passionnés de rando,voile,marche,vélo,montagne et mer,jardinage ,pêche,chasse,nature ,bateau,bricolage ,peinture,etc.……. Ma communauté s'appelle "Le champ du monde".Je précise qu'aucun contenu appelé "ADULTE" et "Politique" n'est et ne sera autorisé, je serai ferme et tout dérapage sera exclus. Voila la présentation est faite. Oui je sais ma démarche n'est pas ordinaire, mais il faut que le "hasard" soit un peu stimulé. Seriez vous tenté de nous rejoindre? ……………Si c'est le cas, nous serions tous très honorés de vous compter parmi nous .Votre blog apportera sûrement un plus à ma communauté. Merci de votre réponse. A bientôt.