Mardi 17 avril 2012
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IL
cheminait vers JERUSALEM
Mais il avait perdu ses cartes et s’était un peu égaré sur le Chemin…il avait aussi,
entre le Pas-de-Calais d’où il était parti et le Sud de la France où le hasard le menait chez moi, un peu perdu sa « route », mais il n’avait sûrement pas perdu sa
foi.
Il répétait, souvent, que « seul compte le moment présent ». Que demain
c’était demain et qu’il serait, demain, toujours temps d’y penser et de réadapter ses plans…
Pourtant un grand projet lui tenait à cœur, lui tenait au cœur… arriver à Jérusalem
pour Noël.
Sur une feuille de papier j'ai tracé le chemin, de la voie d’Arles au Somport, puis
du Somport à Puente la Reina, puis vers Carrion de los Condes et de là : vers Salamanca où il pourrait rejoindre la Via de la Plata et descendre plus au Sud vers l’Andalousie. De Gibraltar
il comptait bien rejoindre le Maroc, traverser l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte… il savait devoir éviter la Syrie mais comptait bien sur sa bonne étoile pour le mener au terme de son
« pèlerinage ». Sa bonne étoile justement, l’avait bien mené jusqu’à « Campostellae »… Le champ de l’Etoile !
D’ailleurs j’ai bien cru voir, au fond de ses yeux bleus, scintiller mille
étoiles…
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Vendredi 19 février 2010
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/2010 15:36
ILS
étaient heureux de me montrer comment
avec quelques vieilles boites de conserves
ils fabriquaient des merveilles
leur village n'avait pas de nom et ne figurait sur aucune carte, ce n'était même pas un village, c'était seulement le regroupement de quelques cases, bien organisées autour d'un baobab géant, et
d'une propreté exemplaire...
Le village voisin se nommait "Bonjésus", il avait été autrefois beaucoup plus important car on pouvait y voir encore, en 2006, les vestiges d'une immense usine d'eau minérale.
En ANGOLA, les années de guerre, de 1975 à 2002, avaient rayé de la carte géopolitique nombre d'industries, d'usine, de centres commerciaux, d'hôpitaux, ou même d'écoles, et des milliers de
villages avaient disparus. Les populations, dispersées, réfugiées, éparpillées dans tous le pays et ailleurs, tentaient depuis de se rassembler, de se réunir, de se retrouver, de revivre. Oubliés
des grandes villes, certains villages, comme celui-ci, arrivaient à nouveau à maintenir la vie, une certaine cohésion et à réunir quelques familles toutes désireuses de retrouver une certaine
"harmonie".
L'harmonie c'est ce qui avait frappé la visiteuse de hasard que je fus ce jour-là. Le village ne m'avait pas invitée à le rencontrer... pourtant son accueil fut des plus chaleureux. Ma voiture
était pleine de "dons" immédiatement utilisables et le Chef du village me donna son accord pour les offrir, de façon équitable, à l'ensemble de ses administrés. Lorsque nous nous connûmes
mieux, lorsque les femmes m'acceptèrent, les enfants me montrèrent les jouets qu'ils savaient fabriquer avec des boites de conserves. Des camions, des voitures, des engins colorés et débordant
d'imagination... Des merveilles d'ingéniosité...
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Jeudi 4 février 2010
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ELLES
étaient, l'une blonde aux yeux vert bronze, l'autre brune aux yeux
noirs
L'une avait la peau blanche et l'autre la peau noire. A la maternelle,
on riait d'elles lorsqu'elles disaient qu'elles étaient soeurs, mais elles insistaient jusqu'aux pleurs parfois et refusaient de prononcer le mot "adoption" qui aurait tout simplifié. Elles
étaient soeurs, un point c'est tout.
Puis il y eut le retour en France et le collège. Parfois on disait à l'une "ouai, ta mère a couché avec un noir !" et sans comprendre, l'une sentait picoter les yeux, ou on disait à
l'autre, tu vois bien que t'es pas blanche, et l'autre regardait la peau blanche à l'intérieur de ses mains en priant que ça s'étale aussi sur tout le corps. Parfois elle disait, "dis maman,
c'est quand que je serai blanche comme toi ?
Et puis plus tard elles allèrent au pensionnat, dans une école religieuse, les groupes se formaient dans la cour, la petite blonde ne voulait pas abandonner la petite brune, alors elles restaient
à l'écart et jouaient ensemble pour ne pas entendre le "barre-toi, on parle pas aux négresses". Elles partageaient le même box au dortoir car personne ne voulait être avec "l'autre" et
lorsqu'elle sortait de la douche ou des toilettes, certaines se bouchaient ostensiblement le nez.
Plus tard encore, au lycée international, la brune n'était plus seule a avoir la peau noire, mais étrangement elle n'était pas non plus acceptée par celles qui, comme elle, venaient d'Afrique, on
l'appelait "Bounty", parce qu'elle était noire à l'extérieur et blanche à l'intérieur !
Aujourd'hui, la blonde et la brune se nomment elles-mêmes les "black and white sisters", la dure
expérience du racisme ordinaire a forgé leurs caractères mais pas entamé leur goût de la vie et l'amour des autres...
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Vendredi 16 octobre 2009
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/2009 14:10
IL
avait deux ans, peut-être plus, sans doute moins...
mais dans ce village isolé du Nigéria, au milieu de la brousse, à quelques dizaines de kilomètres seulement de la capitale LAGOS, et bien que l'on soit déjà au 21 ème siècle, l'âge se compte
en saisons, au mieux. Le plus souvent les repères temporels tiennent à l'incidence des catastrophes naturelles sur la vie d'un village : l'année des criquets (qui dévastèrent sur leur
passage toutes les futures récoltes), l'année de l'inondation des berges de la lagune (au bord de laquelle les hommes d'Alassia avaient construit leurs cases), l'année du choléra (qui décima la moitié du village) ou celle de la rougeole (dont je ne pus empêcher la faucheuse
d'emporter 3 fragiles enfants)...
C'est à la suite de ces décès que je réussis à organiser une campagne de vaccination pour ces villages oubliés. Sans l'aide de l'état, mais avec son accord tacite, on me laissa faire.
Ce jour là, le jour de la photo, c'était un jour de fête. Pendant deux jours Justin le cook, Francis l'apprenti-cook et moi, nous avions préparé le festin offert au village, comme chaque
premier samedi de chaque mois. Et nous avions entassé les marmites encore fumantes dans le coffre de ma voiture, chargé le sac de 50 kg de riz que nous ferions cuire sur place, avec les femmes
du village. Ce que nous ne consommerions pas serait distribué à chacun, en parts égales, par Tony, le Chef du Village.
L'enfant ne quittait pas le giron de sa mère. Je le pris dans mes bras pour la décharger un peu alors qu'elle s'affairait à préparer le feu avec les autres femmes. Ma peau blanche lui faisait
peur et il pleurait sans bruit, sans cri, presque sans larmes. Lorsque le riz fut prêt, je lui tendis une assiette avec deux boules de viande et deux cuillères de riz et je le pris sur mes
genoux pour l'aider à manger. Il repoussa ma main, me regarda avec gravité, sans sourire, mais ne pleura plus et lentement il mangea son riz, grain par grain, jusqu'au dernier. Il lui fallu
plus d'une heure, durant laquelle je n'osais pas bouger. Lorsque l'assiette fut vide, alors seulement, un fantôme de sourire apparu sur ses lèvres... aussitôt disparu. Il accepta de rester
assis quelques instants sur le fauteuil d'honneur que l'on avait préparé pour moi... le temps d'une photo.
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Samedi 28 février 2009
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/2009 11:11
"ELLE"
souriait, comme au premier jour de sa vie...
elle souriait même quand, dans la cour de récréation, à l'école, les
autres la bousculaient, la pinçaient, la chahutaient... Son sourire c'était sa défense.
Elle adorait se déguiser... derrière son maquillage elle devenait une autre, moins timide, moins en retrait, plus primesautière, enjouée, drôle... un petit lutin, une "bille de clown" qui
fédérait les autres, les faisait rire, les emmenait dans son monde magique, oubliait sa peur.
Elle a grandi, mûri, est devenue adulte, mais n'a jamais perdu son sourire. Cette semaine pour mardi-gras, elle s'est déguisée encore et a dansé toute la nuit au Carnaval Biarnès. Elle continue
de fédérer et d'emmener les autres dans son monde. La dernière fois c'est elle qui a rassemblé les jeunes de son lycée pour aller manifester en ville contre la réforme de l'enseignement. 300
jeunes l'ont suivie... avec le sourire.
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Mercredi 5 décembre 2007
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/2007 10:39
ILS
n'imaginaient même pas ce pour quoi ils avaient été créés...
lorsqu'ils ont réalisé qu'ils n'étaient que des pantins de plastique destinés à être sacrifiés sur d'ignobles "crash tests", ils ont commencé à trembler...
Après le premier essai, réussi, ils ont pensé qu'ils étaient à la merci d'une technologie en constante évolution... que leur vie reposait entre les mains de techniciens "humains" qui
n'avaient aucun respect de leur intégrité personnelle mais avaient cependant beaucoup d'estime pour les machines qu'ils mettaient au point...
Ils ont fini par se dire que leur vie de plastique ne valait pas mieux que la vie des humains qui les avaient créés, que ces derniers étaient, eux aussi, des pantins de chair à la merci du
Destin...
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Jeudi 29 novembre 2007
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/2007 13:13
ELLE
n'avait jamais "enfanté"...
Malgré ses hanches larges et sa poitrine généreuse. Elle se pensait maudite des Dieux, mais son amour des enfants était pourtant un vrai don du ciel.
Dans le village d'Alasia la vie était rude... Ici pas d'eau courante, pas d'électricité, pas vraiment de confort si ce n'est celui que procure l'amitié et la solidarité... Parfois au village, des
mères mourraient en couches, Mamabéa élevait alors l'enfant qui ne se savait même pas orphelin ou qui l'apprenait tardivement lorsque le soir les anciens contaient l'histoire du village sous
le grand badamier, l'arbre à palabres.
Elle avait donc accueilli beaucoup d'enfants dans son giron, et contrairement aux vraies mères, elle en avait parfois recueilli plusieurs dans une même année. Lorsque je l'ai connue, lorsque le
hasard bienveillant me mis sur le chemin d'Alassia ce village de brousse situé à quelques lieues de Lagos (capitale du Nigéria) sur la route d'Ekpé, une nombreuse marmaille s'accrochait à son
boubou.
Mais cela ne semblait pas la contrarier, elle souriait toujours, mouchait le nez de l'un, remontait la petite culotte de l'autre, prenait un troisième sur sa hanche, consolait un quatrième... et
toujours sur son visage rayonnait la joie de donner de l'amour...
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Vendredi 23 novembre 2007
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/2007 19:29
IL
me tendait la main, le samedi ou le dimanche, pour m'aider à descendre du bateau.
Il me souriait et semblait aussi heureux que moi de ces retrouvailles hebdomadaires. Il posait doucement sa main sur les cheveux blonds de ma fille en
murmurant quelques mots "yoruba" que je ne comprenais pas. Je lui donnais discrètement un petit paquet bien ficelé qui contenait selon le cas de la nourriture pour sa
famille,du tissu pour sa femme, ou un produit quelconque introuvable sur l'Ile ...
Nous avions traversé la lagune de LAGOS pour rejoindre l'Ile d'ILADO. C'était presque devenu une ballade rituelle : Ilado le week-end pour oublier un peu la
tentaculaire LAGOS et ses 16 millions d'habitants, oublier les "go-slow" (embouteillages extraordinaires qui paralysent complètement la ville de façon récurente) ... oublier pour quelques heures
que nous vivions au milieu d'une fourmilière géante et imprévisible plus souvent misérable et dangereuse que spectaculaire et prodigieuse... même si elle l'était aussi !
Est-il encore vivant après qu'eut lieu l'année dernière la terrible explosion qui fit plus de deux cents morts dans son village ? Plus de deux cents morts carbonisés pour quelques gouttes de
pétrole alors que le Nigéria en est un des plus grands producteurs au Monde !
Lorsque sa vie dépend de quelques "kobos" ou au mieux de quelques "nairas" glanés en vendant le pétrole volé, alors on oublie le danger.
On dévisse quelques boulons des oléoducs qui traversent l'Ile à même le sol, sans aucune protection, on récupère dans une bassine, un seau, une casserole, un contenant quelconque, le
précieux liquide convoité, on participe au pillage systématique et on alimente la chaîne de la revente, le réseau d'approvisionnement des villages de la périphérie de Lagos, mais aussi du
Bénin tout proche...
Ce trafic peut durer un certain temps pour la survie de quelques uns pour peu que la police du coin soit suffisamment payée, mais régulièrement c'est le drame car il suffit de la moindre
étincelle sur ce combustible extrêmement volatile pour que tout saute : un jour ça explose, comme à Ilado...
Est-il encore vivant ?
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Mardi 21 août 2007
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/2007 23:24
ELLES
furent leurs modèles, leurs muses, leurs inspiratrices et parfois leurs égéries...
mais avant qu'elles ne prennent forme au bout de leurs pinceaux, elles furent femmes de chair, ces femmes qui inspirèrent tout au long des siècles nos
plus grands peintres. A y regarder de près, tant les yeux, le nez, la bouche se confondent dans ce montage, on a peut-être là LE visage de LA FEMME, auquel il ne manque, à mon goût, qu'un peu plus
de couleur(s), celles d'Orient, d'Asie ou d'Afrique pour le rendre UNIVERSEL ...
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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Vendredi 3 août 2007
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/2007 14:01
ELLE
marchait depuis 7 jours,
et comptait bien rallier Compostelle avant Octobre.
Elle marchait à son rythme : assez lent pour ne
rien manquer des rencontres possibles et de la beauté de tout ce que lui offrait le Chemin, assez rapide pour que le voyage ne s'éternise pas au-delà des trois mois prévus au point qu'elle y prenne
tant de goût qu'elle n'aurait plus envie de revenir....
Et puis... le chemin n'étant pas tracé d'avance, comme la vie, le sort en a décidé autrement...
Le 7ème jour, au pied de la Sainte-Victoire, aux portes d'Aix en Provence, elle s'est vu obligée d'interrompre son périple jacquaire pour aller tenir la main de son père et l'aider à franchir ce
qui serait, pour lui, le bout du Chemin...
Par Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde
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