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pour suivre mon cheminement,
par le "CAMINO FRANCES" 
jour après jour,
choisissez les étapes
dans la liste ci-dessous :

Le 1er jour :
Monfort/Habas
Le 2ème jour :
Habas/Sauveterre
Le 3ème jour :
Sauveterre/ Saint-Palais
Le 4ème jour :
Saint-Palais/Ostabat
Le 5ème jour :
Ostabat
Le 6ème jour :
Ostabat/Bussunarits
Le 7ème jour :
Bussunarits/St-J-Pied-de-Port
Le 8ème jour :
St-Jean-Pied-de-Port/Hunto
Le 9ème jour :
Hunto/Roncevaux
Le10ème :
Roncesvalles/Viscaret
Le 11ème jour :
Viscaret/Zubiri
Le 12ème jour :
Zubiri/Pamplona
Le 13ème jour :
Pamplona/Uterga
Le 14ème jour :
Uterga/Lorca
Le 15ème jour :
Lorca/Estella
Le 16ème jour :
Estella/Villamayor
Le 17ème jour :
Villamayor/Los Arcos
Le 18ème jour :
Los Arcos/Viana
Le 19ème jour :
Viana/Navarrete
Le 20ème jour :
Navarrete/Najera
Le 21ème jour :
Najera/Santo Domingo
Le 22ème jour :
Santo Domingo/Belorado
Le 23ème jour :
Belorado/S-Juan-de-Ortega
Le 24ème jour :
S-Juan-de-Ortega/Burgos
Le 25ème jour :
Burgos/Hornillos
Le 26ème jour :
Hornillos/Castrojeriz
Le 27ème jour :
Castrojeriz/Boadilla
Le 28ème jour :
Boadilla/Carrion
Le 29ème jour :
Carrion/Calzadilla de la C.
Le 30ème jour :
Calzadilla/Sahagun
Le 31ème jour :
Sahagun/Calzadilla de los H.
Le 32ème jour :
Calzadilla/Mansillas
Le 33ème jour :
Mansillas/Leon
Le 34ème jour :
Leon/Villar de Mazarife
Le 35ème jour :
Villar de M./Hospital de Orbigo
Le 36ème jour :
Hospital de Orbigo
Le 37ème jour :
Hospital de Orbigo/Astorga
Le 38ème jour :
Astorga/Rabanal
Le 39ème jour :
Rabanal/Riego de Ambros
Le 40ème jour :
Riego/Cacabellos
Le 41ème jour :
Cacabellos/Vega de Valcarce
Le 42ème jour :
Vega/Hospital da Condesa
Le 43ème jour :
Hospital da Condesa/Triacastela
Le 44ème jour :
Triacastela/Sarria
Le 45ème jour :
Sarria/Portomarin
Le 46ème jour :
Portomarin/Palas de Rei
Le 47ème jour :
Palas de Rei/Ribadiso de Baixa
Le 48ème jour :
Ribadiso de Baixa/Santa Irene
Le 49ème jour :
Santa Irene/Santiago
Le 49ème jour (suite) :
Santiago de Compostelle
Le 50ème jour :
SANTIAGO DE COMPOSTELLA
Le 51ème jour :
Santiago/Negrera
Le 52ème jour :
Negrera/Olveiroa
Le 53ème jour :
Olveiroa/Finisterra

 

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Compostelle

Vendredi 28 octobre 2005 5 28 /10 /Oct /2005 02:32

Le 18 ème jour – Mercredi 3 Mai : Los Arcos/Viana

 

 

 

 

 

 

Dernière étape en Province de Navarre… puis j’entrerai au cœur de la Rioja. Il n’est que 7h30, pourtant, encore une fois, je suis la dernière à quitter le gîte. Je peux donc goûter pleinement tous les bonheurs du chemin, en solitaire.

Vision insolite à quelques centaines de mètres du refuge : un cimetière de bornes kilométriques de provenances très diverses (Logrono, Torres, Estella, Urbiol…), elles ont échoué là au milieu des oliviers et des fleurs sauvages après la réfection de l’ancienne Nationale 111.

Il fait un temps superbe, j’ai plaisir à cheminer à travers champs, vignes et amandiers… Je retrouve les odeurs du petit matin… Je passe à gué  el arroyo de Valseca puis deux ou trois kilomètres plus loin el arroyo San Pedro… Tout autour de moi et jusqu’à l’horizon, mon regard se perd dans les immenses étendues champêtres… des plaines en dégradé de verts à perte de vue… Je commence à ressentir une certaine ivresse à marcher seule au milieu de ces espaces désolés.

J’entre enfin dans le village de Sansol par la Calle Mayor puis la Calle Real qui laisse supposer qu’un roi au moins l’a prise avant moi…  Torres del Rio, le village suivant est si près du premier qu’ils semblent n’en former qu’un seul à peine séparés par le rio Linarès. Le chemin remonte dru vers Sancto Sepulcro, une jolie église que j’aurais aimé visiter… Un pèlerin de Majorque rencontré à l’Auberge dans la soirée aura plus de chance que moi et saura en trouver la clef…

C’est à la sortie de Torres del Rio que perdue dans mes pensées je manque un embranchement et me retrouve, perdue, au milieu des oliviers, du thym, de la garrigue… J’aperçois le chemin en contrebas, juste en face de moi, mais je ne peux franchir les 50 m qui m’en séparent car je me suis embringuée dans une série de restanques infranchissables bordées de ronciers plus hauts que moi. En tentant de rejoindre ce chemin qui me narque à quelques dizaines de mètres plus bas, je me pique à la végétation sauvage, je roule sur des pierriers et des blocs de terre durs comme du béton… je perds une bonne heure à couper à travers collines et rocailles pour retomber sur la nationale 111. En longeant cette route goudronnée sur 500 m je rejoins enfin le chemin, qui, aux abords de Viana devient si étroit que les orties qui le bordent des deux côtés me caressent « gentiment » les mollets… La montée jusqu’au gîte est raide et dans la colonne « observations » du registre des entrées de l’Albergue « Andres Munoz », je marque « ouf ! ».

 

Aujourd’hui j’ai cheminé en solitaire durant les 20 km de l’étape, et si l’arrivée au refuge est toujours un soulagement, je vois bien que ces presque trois semaines de marche intense portent leurs fruits. Les vingt kilomètres  d’aujourd’hui n’ont pas été aussi douloureux que les 8 séparant Bussunarits de St-Jean-Pied-de-port…

Arrivée en début d’après-midi j’ai le temps de visiter la petite ville de Viana, très jolie, aux ruelles étroites et ombragées… je fais quelques courses en prévision du casse-croûte du lendemain et surtout j’achète un petit pot de « guajada », caillé de brebis découvert depuis quelques jours et dont je me gave avec délices et sans remords…

Je me joins à quelques pèlerins sympathiques pour aller dîner chez « Pitù » où l’on nous sert un repas mémorable… Repas qu’oublie de payer « Michel », un pèlerin très étourdi (mais dont l’étourderie semble chronique à ce que disent certains) … je règle sa note pour éviter un esclandre dans le restaurant…. Et quand je lui signale plus tard son oubli, il me remercie gentiment mais oublie aussi de me  rembourser…

Nous sommes déjà en Mai, la montagne est loin, à plus de 150 km derrière moi, en passant sur le versant sud des Pyrénées j’ai trouvé non seulement une végétation et un climat plus méditerranéen mais aussi la douceur du soir dans l’été qui s’annonce. Le retour à l’Albergue par les ruelles pavées à l’atmosphère médiévale me laisse comme un regret, celui de ne faire que passer…

Cette nuit encore les ronflements berceront mon sommeil, mais qu’importe cette promiscuité si c’est une partie du prix à payer pour en goûter toutes les merveilles… je me sens vraiment au « cœur » du chemin.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /Oct /2005 02:33
Le 17ème jour – Mardi 2 Mai 2005 : VILLAMAYOR /LOS ARCOS

 

 

Cette nuit, couchée sur le sol en carreaux de marbre, j’ai eu très froid… J’ai entendu sonner les heures (et les demi-heures)… J’ai dû somnoler quand même un peu car je me réveille en sursaut alors que le jour est levé. Je rassemble rapidement mes affaires car j’ai hâte de repartir… l’endroit où j’ai dormi ne comporte ni douche ni wc et j’ai un besoin urgent d’aller arroser les coccinelles…

Villamayor est située entre deux grands refuges, celui d’Estella où j’ai dormi la veille et celui de Los Arcos où je compte faire halte pour la nuit. J’ai donc fait hier soir le tiers de l’étape prévue pour aujourd’hui… malgré ça, je me retrouve déjà « rattrapée » par des pèlerins partis d’Estella aux aurores … et je dois patienter encore 3 bons km avant de trouver, entre deux vagues de marcheurs,  un endroit calme au pied d’un arbre (saule ou olivier, je ne sais plus) à qui fournir un bon engrais…

Ensuite, je me sens pousser des ailes… mais je n’ai jamais autant vu de marcheurs que ce matin… Le chemin de terre, assez rocailleux, trace à travers champs  dans des zones pratiquement désertiques… C’est beau ! De part et d’autre, des champs de blé encore vert, d’orge ou de seigle… je ne sais… marcher au milieu de ce tout me donne la pêche !…

 

Et puis il y a les odeurs du petit matin, l’air est empli d’odeurs, de terre, de menthe poivrée, d’herbes froissées, de fleurs que je n’arrive pas toujours à identifier, de lisier parfois… odeurs d’étables qu’on ne voit pas… et odeur de l’eau à l’approche des ruisseaux, odeur humide du sol chauffé aux rayons du soleil,  odeur des particules de poussières dès que le soleil est plus chaud… Je n’ai jamais rencontré un tel sentiment de liberté. J’ai tout à coup le cœur qui explose… aux idées moroses de la veille succède un sentiment de plénitude jouissive…

De loin en loin se succèdent zones rurales isolées et villages désertés (despoblados), quelques bergeries, quelques abris signalent une présence récente… et sur un promontoire, tout en haut d’une colline au loin, j’aperçois le sanctuaire de San Gregorio Ostience. 

 

 

 

Les 13 km qui me séparent de Los Arcos sont vite franchis… j’entre vers midi dans la ville aux arcades, le refuge est placé au bord d’une rivière où pataugent de nombreux canards… Il y a déjà beaucoup de monde, on m’attribue le lit n° 17 dans une chambrette de 4 lits. C’est propre et confortable, tout paraît neuf et bien entretenu, il y a des douches chaudes et des wc, un vrai petit paradis… tenu de mains de maîtres par un couple de Belges qui prend à cœur la bonne marche du gîte…

3 basquaises partagent ma chambre, très sympathiques elles me racontent leur périple depuis Ostabat dont elles sont originaires… après plusieurs essais malheureux (2 départs, 2 retours, neige, entorses, ampoules et autres maux…) elles ont finalement réussi à franchir le col de Roncevaux quelques jours après moi, en repartant de la Vierge d’Orisson d’où elles avaient échoué à leur dernière tentative… 

 

 L’ambiance du gîte est très sympathique… si différent d’Estella… je pars déjeuner en ville, j’en profite pour visiter la cathédrale, son petit cloître gothique flamboyant, magnifiques, et je me perds avec délice dans les vieilles ruelles. J’erre, le nez en l’air et j’aperçois un nid de cigognes sur le toit d’une église… 

Je fais quelques emplettes et puisque le gîte est bien équipé je me lance dans la confection d’une « camouniya »  Comme j’en ai fait largement pour moi, je partage ce qu’il me reste… succès assuré dans un domaine où j’ai bien remarqué que la plupart du temps c’est un peu chacun pour soi…

 

Ces pèlerins, dont je fais pourtant partie, m’étonnent… Ils « gèrent » leur pèlerinage comme ils organisent sans doute leur vie ou leurs vacances… Leurs étapes sont planifiées, le nombre de kilomètres journaliers est prévu conformément aux topos guides qu’ils utilisent, la plupart de ceux à qui j’ai parlé du sujet peuvent me donner au jour près la date de leur arrivée à Compostelle… certains ont déjà leur billet de retour en train ou en avion… Bon c’est vrai que beaucoup ont une obligation professionnelle avec date de retour impérative… mais cela me gênerait beaucoup d’avoir à penser que je dois être ici ou là à telle date et de connaître déjà par avance le moment où ce voyage se terminera…

Je crois bien, depuis que j’ai entrepris cette longue marche, que je n’ai jamais pensé à mon retour… Je ne sais pas encore si je m’arrêterai à Compostelle ou si je continuerai jusqu’à Fisterra… J’ apprécie cette idée de n’avoir en tête que les heures à venir… aucun projet autre que celui d’avancer … même pas le but du refuge à atteindre pour le soir… petit à petit je me satisfais de cette nonchalance à ne rien prévoir d’autre que de mettre mes pas dans le pas de ceux qui m’ont, depuis des siècles, précédée.

Hier j’étais troublée par le départ de ma sœur, par le fait que je venais de revoir ma famille et que je la quittais pour la seconde fois, mais aujourd’hui les quelques 12 ou 13 km que j’ai parcourus entre Villamayor et Los Arcos m’ont fait franchir une frontière invisible. Je sais que les miens peuvent « survivre » sans moi… je me déleste de tous ces fils ténus mais pesants qui me tiraillent et me retiennent en arrière… oui, à compter d’aujourd’hui je pars en avant et pour mon seul profit…

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /Oct /2005 02:35

Le 16ème jour : Lundi 1er Mai

ESTELLA/VILLAMAYOR DE MONJARDIN

 

La nuit au refuge des Amis de Santiago a été bercée par un chœur de ronflements sur tous les diapasons… le matin nous trouve la mine défaite, autant par le manque de sommeil que parce que nous savons qu’aujourd’hui Chris repart.

Puisque nous ne reprenons pas la route nous en profitons pour donner un coup de main aux hospitaliers, histoire de meubler la matinée. A midi nous retrouvons Pierre, Steph, July et Ionna venus chercher Chris. Nous déjeunons ensemble mais je ne suis pas à l’aise : heureuse de les voir, oui, mais terriblement malheureuse de reprendre le chemin seule et de les quitter une deuxième fois…

J’avais pensé prendre une journée de repos à Estella, mais là j’ai le moral au fond de mes chaussettes, je n’ai pas envie de retrouver la foule des pèlerins au refuge… je décide à cinq heures du soir de repartir sur l’étape suivante vers Los Arcos et de marcher jusqu’où je pourrai avant la nuit…

Bien que la grosse chaleur de la journée soit passée il fait encore très chaud. Je reprends mon bâton et entame la montée vers Villamayor à une dizaine de km… Le chemin est en surplomb à une centaine de mètres au-dessus de la route nationale très fréquentée… j’entends le bruit des voitures très atténué, et cela fait un contraste surprenant entre l’agitation en contrebas, le bruit de la vie, et le calme silencieux qui règne sur cette portion de route qui semble paradoxalement loin de tout… Je dépasse Ayegui sans m’en apercevoir, le chemin, caillouteux, continue de monter à travers les champs de vignes, puis j’entre dans une forêt de petits chênes verts et là je n’entends plus aucun bruit… Je me retourne souvent avec l’impression que quelqu’un marche derrière moi… Le soleil tape encore… je bois beaucoup d’eau, j’ai l’impression que les deux litres dont j’ai fait provision ne suffiront pas avant le prochain point d’eau… Comme pour me narguer je tombe sur un panneau qui indique qu’à quelques centaines de mètres, de l’autre côté de la route, se trouve une curiosité : les bodegas d’Irache dont une fontaine distribue gratuitement, mais seulement aux pèlerins, du vin à volonté !!

Je lirai plus tard sur mon guide qu’une inscription figure sur la fontaine et conseille au pèlerin : « Peregrino si quieres legar a Santiago con fuerza y vitalitad, de este gran vino acha un trigo y brinda por la felicidad… » « Pèlerin si tu veux arriver à Santiago plein de force et de vitalité, de ce grand vin bois un coup et trinque à la félicité… ». Santa Maria la Real d’Irache fut le premier monastère de Navarre (dès 1050) à accueillir, bien avant Roncevaux, les pèlerins qui se rendaient à Compostelle. Il abrita également, au 16 ème siècle, une université qui fut transférée au 19ème à Sahagun où je dois faire étape dans quelques jours.

Le chemin continue à serpenter dans les vignes et les petits bois de chênes. Le sol est très inégal et parfois même le chemin disparaît, je contourne des petits taillis et des buissons en me demandant si je ne me suis pas perdue, et je retrouve à nouveau le chemin un peu plus loin.

J’aperçois déjà le village de Villamayor lorsque je tombe en arrêt devant une sorte de fontaine ou plutôt de « citerne » en contrebas du chemin… On y descend par un escalier de pierre jusqu’à une nappe d’eau claire où nage une carpe (dont j’apprendrai plus tard qu’elle sert de « baromètre » quand à la pureté de l’eau…). L’eau paraît bonne mais je n’ose pas y tremper mes bouteilles pour renouveler mes provisions.

Alors que je remonte l’escalier de la fontaine, j’entends un vacarme épouvantable, bruit de freins qui crissent, de dérapage sur le goudron et de tôles froissées… Un grave accident vient d’avoir lieu en contrebas de la route. Un silence de plomb succède au bruit infernal et dans ce silence j’entends tout d’un coup un enfant qui pleure… je suis à quelques centaines de mètres du village, je me mets à courir aussi vite que mon sac à dos me le permet… j’y arrive à bout de souffle et je frappe à la première porte que je trouve… personne ne répond. Je frappe comme ça à une dizaine de portes et j’ai la curieuse impression qu’il y a bien des gens à l’intérieur mais qu’on ne me répond pas volontairement… Je suis bouleversée… Je voudrais donner l’alerte pour que les secours s’organisent, alors je vais droit sur l’église où je suppose qu’un curé m’ouvrira… mais même l’église est fermée. En remontant plus haut dans le village vers la fontaine qui semble en marquer le centre je rencontre enfin une vieille femme  et comme je m’apprête à lui raconter ce que j’ai vu, j’entends au loin une sirène de police, j’en conclue que quelqu’un a déjà dû donner l’alerte… je me contente donc de lui demander si l’eau de la fontaine est potable. Elle me toise de haut et me répond qu’elle en boit depuis qu’elle est née ici et que visiblement, si je ne suis pas aveugle, elle s’en porte plutôt bien… je lui demande alors si elle connaît un endroit où je pourrais passer la nuit et peut-être me restaurer. Elle me répond tout aussi crument que non, il n’y a ni épicerie, ni restaurant, ni hôtel et que franchement, non,  elle ne voit pas qui pourrait m’héberger…

La nuit tombe d’un coup et ne sachant où aller, je me réfugie sous le porche de l’église en me disant que « qui dort dîne »… et je commence à déballer mon sac de couchage. Au bout de quelques minutes, je vois un homme arriver et me dire de le suivre… il ouvre une porte qui donne dans une petite pièce vide et m’indique que je peux dormir ici si je veux, mais qu’il n’y a ni sanitaire ni wc… Je m’en contente donc, heureuse d’avoir quand même un toit au-dessus de ma tête au cas où il pleuvrait !

Le repas se limite à une gorgée d’eau… et je m’installe sur le sol et tente de dormir. Cette nuit pas de ronflements intempestifs… mais un froid sibérien… je me rends compte que le sol est en marbre et même le carré de mousse que j’ai posée sous mon sac de couchage n’arrive pas à m’isoler du froid. Je suis glacée jusqu’aux os…

Durant la nuit j’entends quelqu’un entrer puis s’apercevoir que je dors sur le sol et ressortir aussitôt… Je compte les heures qui sonnent au clocher juste au-dessus de moi et j’attends avec impatience les premières lueurs du jour pour quitter cet endroit si peu accueillant.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /Oct /2005 03:02
Le 15ème jour - Dimanche 30 Avril : LORCA/ESTELLA  

   

Dernière et courte étape (10 Km) pour Chris aujourd’hui… mais le cœur n’y est pas. Nous partons à 9 h 30 après une photo de famille devant la porte de Carmen et Jesus chez qui nous avons dormi.

 Il pleuviote, nous avons mal dormi l’une et l’autre car nous avons eu très froid… le démarrage est donc difficile ce matin.

A la sortie de Lorca les deux cyclistes madrilènes qui ont aussi dormi chez Carmen nous dépassent sans nous voir. Nous sommes sur un petit chemin de terre, large de 50 cm, en contrebas de la chaussée. Ils effectuent leur « camino » par la route et pensent faire 10 étapes de 80 km par jour. Pour sûr ils seront à Compostelle avant moi !

Ces deux semaines de marche commencent à porter leurs fruits… nous avançons sans effort et nous arrivons déjà à Villatuerta en franchissant le petit pont ogival qui enjambe le rio Iranzu presque sans nous en apercevoir… Tout autour de nous et malgré le crachin qui continue de tomber, la nature est belle… d’immense champs cultivés qui laissent au bord des routes se multiplier les fleurs sauvages, une végétation qui m’apparaît plus méditerranéenne qu’océanique, des oliviers, des amandiers, des vignes…

 

Nous débouchons sur une grande place où s’élève l’Eglise de la Asuncion et nous sommes rejointes par un groupe de pèlerins un peu bruyants (un couple franco/espagnol, deux français, deux allemands et un anglais). Le sacristain, sorti de nulle part comme un diable de sa boîte, traverse la place en brandissant la clef de l’église pour nous signaler qu’il vient ouvrir pour nous… Il semble très heureux de nous faire découvrir les merveilles dont il est le gardien… Les français font la fine bouche et repartent, pas vraiment intéressés par les subtilités de l’art roman… nous entrons dans l’église en compagnie des allemands et de l’anglais. Le sacristain ne parle ni le français, ni l’anglais, ni l’allemand… je m’improvise interprète pour expliquer au petit groupe que d’après les indications de notre sacristain,  cette antique porte du XIIe siècle qu’il nous montre ravi était celle de l’entrée d’une chapelle aujourd’hui en ruine à un demi-km du village. Renseignements pris plus tard, il s’agit de l’Ermitage de San Roman. Il nous montre également deux magnifiques peintures du Xvème siècle de part et d’autre de la nef unique… Ces peintures n’ont été mises à jour qu’il y a une quinzaine d’année, et tout à fait par hasard, lors de la réfection des murs… L’église est vraiment superbe et le sacristain est très excité et visiblement très heureux de nous en montrer tous les trésors.

Nous signons le « Livre d’or » et il appose le sceau de la paroisse sur nos lettres d’accréditation. Je lui donne toutes les piécettes qu’il me reste au fond de ma bourse pour « brûler un cierge » à notre intention… il me dit qu’il le fera dès notre départ… j’espère qu’il n’en fera rien et que les dites piécettes viendront améliorer son pécule…

 
Après la visite de l’église nous repartons vers Estella où nous arrivons un peu avant 13 h. Nous n’aurons fait que trois heures de route aujourd’hui, c’est peu, mais nous avons convenu avec le compagnon de ma sœur que nous ferions étape ici pour qu’il soit plus facile de nous retrouver… Christiane repartira avec lui demain et demain recommencera pour moi la marche en solitaire.

Devant l’Albergue de Peregrinos nous retrouvons les français aperçus tout à l’heure à Villatuerta et quelques autres qui attendent sagement l’ouverture du gîte qui est prévue à 13 h 30. Nous attendons donc au soleil pendant que le groupe grossit de minutes en minutes. A 13 h 30 un groupe de français, très propres sur eux, arrive en terrain conquis, passe devant tout le monde juste au moment où les portes s’ouvrent et se précipitent avec leurs credentiales au bureau d’enregistrement…

Depuis notre départ et notre passage à Roncevaux, c’est la première fois que nous sommes confrontées à la ruée vers les grands gîtes et à cette « foule » de pèlerins qui s’agglutinent à l’entrée et se bousculent lamentablement… Arrivées parmi les premiers, nous hésitons à franchir le seuil du bâtiment… interloquées par ces pèlerins pas très « catholiques »… bon, finalement nous posons nos sacs sur deux couchettes et repartons en ville en quête d’un en-cas…

C’est dimanche, jour de fête en Espagne… Estella est une ville charmante, vivante, joyeuse et depuis le moyen-âge l’un des fleurons du Chemin vers Compostelle. En passant devant un bar nous craquons devant un étal de « tapas » qui nous font saliver méchamment… nous en faisons une razzia et nous installons à la terrasse de ce café qui borde le rio Ega devant un assortiment  royal de tapas et une bonne bière… tout à coup la bonne humeur revient !

De retour au refuge nous pouvons utiliser les douches enfin libres et faire une petite sieste pour rattraper notre nuit d’insomnie… puis, bon pied, bon œil en fin d’après-midi nous nous décidons à sortir pour visiter la ville.

A l’époque romaine Estella se nommait Gebalda mais son nom d’Estella (étoile en espagnol) viendrait, dit la légende, d’un miracle observé en 1085 où une pluie d’étoiles aurait permis à des bergers de découvrir la statue de Notre Dame du Puy… On l’appelle aussi la « Tolède du Nord » et c’est à Estella qu’en 1883 les « carlistes » proclamèrent don Carlos roi d’Espagne. Ils s’y réunissent depuis, au Montejurra, le 7 mai de chaque année.

Je suis séduite par la fraîcheur et la sérénité qui baigne la place San Martin où une magnifique fontaine à quatre jets me donnera le remords de n’avoir pas pris le temps d’en faire un croquis, mais je resterai quelques instants suffisants pour croquer le petit pont des pèlerins, restauré en 1971.

 

 le petit pont d'Estella - croquis aquarellé martine réau-gensollen (tous droits réservés)

 

Nous pénêtrons dans le cloître de San Pedro de la Rùa aux magnifiques colonnes torsadées, nous nous perdons dans les rues et les ruelles dont chacune ménage une surprise architecturale… nous remontons vers les quartiers hauts de la ville et croisons un cortège de mariage. C’est l’heure du « paseo », tout le monde est dehors et se promène nonchalamment… ceux qui se croisent et se connaissent entament une petite conversation, on s’apostrophe, on se claque dans le dos affectueusement, les plus âgés ont sorti leurs chaises sur le pas de la porte et regardent passer les plus jeunes en commentant peut-être de façon douce-amère… mais comme j’aime cette tradition typiquement espagnole du « paseo », parce qu’elle reflète le tempérament chaleureux des habitants de la péninsule… Nous dînons dans un restaurant typique des vieux quartiers, le « Roma », où nous cotoyons un trio francophone (deux belges et un français) qui fait le chemin en trois fois depuis le Puy en Velay. C’est leur troisième année, ils termineront donc cette fois-ci leur périple à Compostelle.

Nous rejoignons le refuge tout doucement, nous avons du mal à nous dire que pour Chris le voyage s’arrête là. Nous avons du mal aussi à interrompre le fil de nos retrouvailles, car depuis que Chris a pu enfin « cracher » ce qui empoisonnait nos vies depuis tant d’années, le flot de paroles a été ininterrompu, nous avons pu l’une et l’autre nous libérer au moins des souvenirs les plus amers, rétablir un semblant de vérité dans les affirmations de ceux qui ne sont plus là pour les entretenir… nous avons pu, enfin, commencer à faire la paix.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Lundi 17 octobre 2005 1 17 /10 /Oct /2005 03:05

Le 14ème jour : SAMEDI 29 AVRIL UTERGA /LORCA

 

Je dois revenir sur notre soirée épique d’hier soir à la Casa San Martin et du fou-rire qui nous a prises, Chris et moi, pendant notre souper. Quand nous avions « réservé » notre dîner en fin d’après-midi c’est à la fille de la maison que nous nous étions adressées et nous nous étions entendues sur le menu simplissime qui nous convenait très bien, des œufs aux jambon une salade verte et un morceau de fromage… Le soir lorsque nous arrivons, nous sommes persuadées que nous sommes attendues et il s’ensuit un quiproquo pittoresque dans la mesure où les consignes n’ayant pas été passées par la fille de la maison, nous voyons arriver des plats que nous n’avions pas commandés. De plus il devient très difficile de comprendre ce que nous barragouine la tenancière, ou plutôt, si je comprends bien le début des phrases je n'arrive pas à en comprendre la fin… Finalement une petite loupiote rouge s’allume dans ma tête lorsque les bonnes connexions se font dans mon cerveau et m'éclairent sur le langage très particulier qu’elle utilise et que toute la famille utilise également… En français ça pourrait donner quelque chose comme ça : « je vous fais une petite soupette de petites poulettes avec des petites pommedeterrettes et un petit verre de vintounet"… et tout à l’avenant.

J’ai fini par adopter le même vocabulaire pour demander un petit morçonnet de fromageounet et une petite tassounnette de cafétounet… et ça a marché ! le plus dur étant de ne pas éclater de rire au milieu de la phrase…

En fait, nous nous en rendrons compte plus tard en passant dans les autres villages, c’est la manière de parler d'ici. On ne dit pas « un huevo de gallina » mais « un huevito de gallinetta », « un vaso de vino » mais « un vasito de vinigo » ou « un pan » devient « un panego », alors bien sûr….il m’a fallu un temps d’adaptation pour comprendre les phrases à rallonges… d’ailleurs l’addition aussi fut à rallonges… normal ! Nous choisissons d’en rire…

Levées à 7 h 30, ce n’est qu’à 9 h 30 que nous sommes prêtes à « desayunar » à la "Casa San Martin", sur une table directement posée sur la route, d’un grand bol de café pour moi, d’un grand bol de thé pour Chris, accompagnés des quelques madeleines un peu rassises que nous avions achetées à Pampelune hier…

Ce matin nous sommes très en forme et le temps est magnifique. Notre étape commence sur une crête champêtre, bordée d’un côté par du blé ou de l’avoine encore verts et de l’autre par des amandiers aux troncs blanchis à la bouillie bordelaise, des oliviers au feuillage vert tendre et des vignes basses qui commencent à bourgeonner. Le paysage est grandiose et nous franchissons les 5 premiers kilomètres sans nous en apercevoir.

Nous savons Chris et moi que nous allons bientôt nous séparer après dix jours de marche ensemble… mais nous savons aussi que nous n’aurons pas de sitôt l’occasion d’être ensemble, aussi proches que nous ne l’avons jamais été de toute notre vie… Est-ce la proximité de la séparation, est-ce le paysage buccolique, la douceur de l’air, ou les pas accumulés tout au long de ces kilomètres qui nous ont rapprochées… est-ce tout simplement la nécessité d’aborder le drame qui a marqué notre enfance pour tenter de l’expliquer et d’atténuer les souffrances qu’il nous a infligées à l’une et à l’autre, l’une contre l’autre ?… Chris commence à parler, avec hésitation, elle cherche ses mots en essayant d’éviter d’effleurer de trop grandes souffrances enfouies dans ses souvenirs de fillette. Elle pense être la seule à avoir souffert de ce qui nous a séparées. Elle avait six ans lorsque je suis née. Elle était l’aînée, j’étais la troisième. Une troisième fille lorsque mon père attendait, depuis le premier enfant, un garçon. Et puis il y avait la Tante, Tatie Lou, sans enfant et sans espoir de n’en avoir jamais aucun. Il y avait notre père, militaire, toujours en mission à l’étranger qui ne revenait en permission à la maison que pour faire un autre enfant à ma mère : ma sœur aînée, fin de la guerre, ma sœur cadette, retour de Syrie, moi, retour de Tunisie, l’aîné de mes frères : mission en Afrique noire, pour le deuxième et le troisième, permissions pendant la guerre d’Algérie… Six enfants, trois filles et trois garçons. Mais lorsque je nais je suis la troisième fille, pas vraiment désirée. Ma mère, un peu débordée avec ses trois bambines accepte d’envoyer ma sœur aînée chez sa marraine, Tante Louise, qui insiste pour garder la fillette durant les vacances d’été : pour soulager ma mère, dit-elle. Puis prétextant qu’elle a bien du travail avec ces deux petites, elle inscrit ma sœur à l’école, près de chez elle, juste pour quelques semaines, le temps que ma mère « se retourne »… et puis les semaines passent, les mois, ma sœur ne comprend pas que du jour au lendemain elle soit séparée de sa mère, de ses sœurs. Elle vient nous rendre visite, chaque dimanche, et pleure quand « on » l’arrache à sa maison pour repartir chez la Tante qui de mois en mois refuse purement et simplement de la rendre à ses parents…

Comment est-ce possible ? Eh bien, il suffit qu’un autre enfant pointe le bout de son nez, un garçon cette fois-ci, un garçon tant attendu… Il suffit que l’attente d’une mutation se prolonge un peu trop, que le logement paraisse trop petit pour accueillir tant d’enfants… d’autant qu’un cinquième est bientôt mis en route…. Il suffit que mon grand-père paternel dont la tante Louise est la sœur, soit atteint d’un cancer et le sache et exige, sur son lit de mort, que ma mère, qui l’adore et qui est sa fille unique, lui fasse la promesse de ne jamais reprendre l’enfant à cette sœur qui ne peut en avoir… « Il t’en reste bien assez des enfants pour t’occuper ! ». On sait bien qu’on ne peut refuser une promesse à un homme qui va mourir… Et ma mère promet. Et ma mère ne rompra jamais sa promesse, mais je l’entendrai pleurer, longtemps, longtemps les dimanches soirs, et mêmes les autres jours.

Et la Tante distillera son poison dans le petit cœur de Chris qui, elle, veut à tout prix rentrer chez elle, dans SA maison, près de SA maman et de ses frères et sœurs… Elle lui dira qu’elle a bien de la chance de vivre avec son oncle et sa tante puisqu’elle a été abandonnée par ses parents. Que ceux-ci n’en veulent plus, qu’ils lui préfèrent ces bébés qui n’arrêtent pas de naître. Et puis elle sera gâtée comme elle ne l’aurait jamais été avec nous… Une part pour elle toute seule quand il aurait fallu partager entre six …

A elle le manteau de vraie fourrure, les souliers vernis, les vêtements à la mode, le premier transistor… A elle l’Ecole des petits rats de l’Opéra, puis l’Ecole des Beaux-Arts…

La tante finira par gagner… Chris finira par haïr cette famille qui l’a rejetée, croit-elle, et cette petite fille (moi) à la naissance de laquelle tout est arrivé ! Les années furent construites sur des non-dits, des pleurs, des secrets, des haines entretenues pour faire durer l’impossibilité d’un éclaircissement qui aurait, lorsque Chris aurait atteint l’âge de raison, permis de lui laisser le libre choix de revenir chez elle. Ce kidnapping organisé dressa mes parents l’un contre l’autre, et je subis, je crois bien, dès ma naissance, cette lourde charge de culpabilité puisque j’étais celle à cause de qui le drame s’était joué.

Je laisse parler Chris, en me retenant d’intervenir, pour ne pas rompre ce fil ténu qui se dévide lentement et âprement, même si lorsque j’entends certains détails j’ai envie de hurler… Il reste encore deux jours à marcher ensemble. Je trouverais bien l’occasion de défaire les nœuds habilement tressés par les autres, d’expliquer l’autre facette de l’histoire, de rétablir la vérité, de lui dire que moi aussi, autant qu'elle…

Nous marchons sans bruit, les larmes n’en font pas, et nous apercevons le premier village de Muruzabal, puis celui d’Obanos qui nous offre une pause nécessaire… ma sœur me tient la main, je lui tends mon mouchoir…

A Obanos la vue d’une cabine téléphonique me donne soudain l’envie de joindre les miens. J’appelle la maison sans succès, au bureau le téléphone sonne dans le vide…

A la sortie d’Obanos, nous passons sous une arche de pierre, comme on sort d’un lieu sacré où se seraient déroulés offrandes ou sacrifices… Nous ne sommes plus très loin de Puente la Reina. Une immense statue de pèlerin nous accueille à la jonction du chemin aragonais et du chemin navarrais qui se rejoignent ici pour n’en former plus qu’un « le chemin français » « el Camino Francès ».

A l’approche de la ville de hautes cheminées rouges nous intriguent… elles sont surmontées d’énormes nids où nichent des cigognes.

 

Nous cherchons le Monastère des Frères Réparateurs (est-ce un clin d’œil du destin ?) pour qu’ils apposent sur nos credentiales le tampon de la ville. On nous fait patienter sous les allées voûtées d’un cloître magnifique et nos cœurs trouvent là un peu du calme nécessaire pour retrouver le bon tempo…

 

Nous traversons toute la ville. C’est jour de marché. Un foule immense s’agite de tous côtés, la musique nous mène jusqu’au centre du village par la Calle Mayor ou une fanfare explose en cuivres, en tambours et en cymbales. C’est la fête à Puente-la-Reina, mais il y a beaucoup de monde et cette foule tout à coup m’angoisse un peu…

Nous débouchons sur le pont de la Reine qui a donné son nom au village, on le nomme aussi le pont des Pèlerins, il enjambe l’Arga… et je me rends compte que nous sommes devenues tout à coup des « héroïnes »… pour un car d’Autrichiens en voyage culturel. Nous sommes littéralement mitraillées et filmées sous toutes les coutures alors que nous franchissons le pont d’un pas décidé et rythmé par nos « bourdons ». En nous regardant, Chris et moi, nous en rajoutons un peu dans la noblesse du port, manière d’évacuer en rires intérieurs la tension qui s’est accumulée pendant la marche… Le guide qui accompagne ces gentils voyageurs nous interviewe dans un assez bon français et est avide de donner beaucoup de détails à ses clients… qui sauront donc, d’où nous venons et où nous allons… Le car redémarre lorsque nous arrivons au bout de la rue et à l’intérieur c’est une centaine de mains levées pour nous dire au revoir et nous encourager…

Nous continuons notre route alors que le soleil devient plus fort. Il est midi passé mais nous voulons nous avancer vers Estella, notre dernière étape ensemble.

A 15 h nous arrivons à Maneru, superbe village aux extraordinaires maisons antiques, aux armoiries sculptées dans la pierre sur le frontispice des portes en arcs de cercle.

Un espagnol à vélo (il est de San Sebastian, en vacances ici…) nous amène au seul bar du village. Et là je demande s’il est possible de déjeûner. Le monsieur me répond qu’ils font bien restaurant toute la semaine, mais sauf le samedi et le dimanche…. Alors je dis d’une petite voix : « Por favor, para dos pobrecitas peregrinas… » (S’il vous plaît pour deux pauvres petites pèlerines…) Et le monsieur, fermant les yeux, un sourire jusqu’aux oreilles me répond : Valé, Valé ! Vamos a ver… (Ca va, ça va… on va voir…).

De fait, nous ferons là notre meilleur repas depuis Roncevaux et pour un prix modique… A nous l’ensalada mixta, el filete de ternera, las albondigas y los helados, con una maravillosa cerveza fresca, una media botella de navarra y un cafe solo…. Que nous éliminerons tout au long des 12 km suivants, sur le camino qui nous amenera à Cirauqui, puis à Lorca où nous dormons ce soir chez l’habitant…

En quittant Maneru, nous passons sur l’antique voie romaine, la Calzada, dont certains tronçons sont magnifiquement conservés, bordée de cyprès elle franchit un ruisseau affluent du Salado sur un pont à dos d’âne, roman, presque parfaitement conservé.

Nous arrivons à Lorca et cherchons le domicile de la Senora Carmen où nous espérons pouvoir passer la nuit. La ville de Lorca tiendrait son nom du mot arabe Al-aurque (la bataille) en référence à la bataille que perdit en 920 Sanche 1er de Navarre, vaincu par le musulman Abenlop lequel était surement basque autant que lui puisque islamisé et probablement fils de Lope (fils du Loup) comme ses cousins chrétiens les Lopez

Carmen et Jesus son mari, nous accueillent chaleureusement et nous installent dans une jolie chambre bleue. Nous dînerons avec eux, très curieux de connaître, eux aussi, l’endroit d’où nous venons et un peu de notre histoire.

Il est déjà 22 heures, je m’endors sur mon carnet… Demain sera la dernière étape pour Christiane.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Dimanche 16 octobre 2005 7 16 /10 /Oct /2005 03:07

Le 13ème jour : VENDREDI 28 AVRIL

PAMPLONA/UTERGA

 

Je me rends compte, en traversant la ville de Pamplona, ni plus ni moins polluée qu’une autre grande ville, que je ne supporte plus les odeurs … sauf celles des fleurs, de l’herbe, de l’eau et que je préfère de loin l’odeur des pâturages et des bouses qui vont avec que celle des cigarettes ou des pots d’échappement…

Pour l’heure, nous quittons Pampelune, sa vieille cité, ses remparts, ses rues agitées et ses jardins publics. Pampelune me rappelle la vieille ville de Bayonne par beaucoup d’aspects et une certaine ambiance… ici aussi nous sommes au cœur du Pays Basque…et Pamplona a retrouvé son nom basque « Iruna » qui témoigne d’une réalité ethnique qui a traversé les siècles. Comme son nom pourrait le faire penser Pamplona ou Pompaelo fut fondée par Pompée au 1er siècle avant Jésus-Christ pour contrôler une population basque plutôt agitée, les Vascons. Ils resteront d’ailleurs remuants et compliqueront aussi la vie des Francs et des Wisigoths. Pour finir, ils donneront six siècles plus tard leur nom à la Gascogne en envahissant et en rebasquisant le versant nord des Pyrénées

Attirées par une bonne odeur de brioches et de pain chaud, nous nous sommes arrêtées dans une boulangerie des vieux quartiers pour petit-déjeûner tranquillement.

 

Pampelune, immense chantier en construction, a ouvert ses entrailles et nous devons enjamber ça et là tranchées et crevasses qui font ressembler ce début d’étape à un parcours du combattant…

 

Nous longeons le superbe parc du Campus Universitaire et comme un panneau nous y invite gentiment, nous entrons dans l’Université pour faire tamponner nos crédentiales. Les bâtiments sont immenses et nombreux… après moultes déambulations nous finissons par trouver la bonne porte. Nous sommes reçues royalement et vivement encouragées… On nous pose de nombreuses questions dans une ambiance très chaleureuse, on nous offre le thé, on nous expose les cursus accessible dans cette université et finalement  c’est une heure plus tard que nous repartons vers Cizur Menor

Nous passons deux petits ponts de pierre enjambant, l’un le rio Sadar, l’autre le rio Elorz.

Dès la sortie de la ville nous retrouvons les champs, champs de blé et de colza, à perte de vue, nous dépassons Cizur Menor et commençons l’ascension douce vers Zariquiegui.

Là, surprise : il n’y a ni épicerie ni bar où nous pourrions faire un peu de ravitaillement. Nous croquons une ou deux madeleines achetées le matin à la Boulangerie, partageons une gorgée d’eau et repartons vers les éoliennes de la Sierra del Pardon (la montagne du pardon) à 780 m.

   

Pendant la montée, raide mais pas abrupte, je me suis demandé si les éoliennes faisaient « flap-flap » ou « vroum-vroum », « wouf-wouf » ou « waf-waf »… en fait, en écoutant bien, j’ai fini par savoir qu’elles font WAM WAM WAM… Comme une espèce de cœur énorme, qui bat, qui bat, qui bat… De grands oiseaux étonnants et impressionnants.

 

Parties sous un ciel franchement gris, nous franchissons la crête vers 15 h, caressées par un rayon de soleil optimiste. Arrivées au Col, un couple d’Espagnols nous proposent de partager leur déjeuner, mais gênées nous refusons en les remerciant…. Cinq minutes plus tard nous regrettons déjà notre refus, leur « chorizo » sent diablement bon… Il nous reste quelques madeleines et un peu d’eau.

Au point le plus élevé de la Sierra del Pardon, une étrange sculpture de fer retrace l’épopée du pèlerinage à travers les siècles.

Du pèlerin du moyen-âge, chaussé de sandales de cuir et parfois accompagné d’un âne, au pèlerin moderne aux brodequins montagnards équipé d’un sac à dos…. La fresque métallique marque quasiment la frontière entre l’Aragon et la Navarre et nous apercevons, en contrebas le petit village d’Uterga où nous comptons faire halte pour éviter encore une fois l’encombrement du grand gîte de Puente la Reina.

L’adresse du refuge d’Uterga n’est indiqué sur aucun guide… mais au beau milieu du village un berger garde son troupeau, nous lui demandons s’il connaît le refuge… il nous montre une porte grande ouverte dans une belle maison villageoise près d’une fontaine : c’est là !

Surprises nous découvrons un petit gîte à deux lits, tous neufs, dans une chambre d’environ deux mètres sur deux, où l’on a même logé une douche avec eau chaude et un wc. Le refuge est ouvert à tous vents, offert à qui veut s’y arrêter le temps d’une sieste ou d’une nuitée : le paradis.

On nous indique aussi un bar où nous pourrons nous restaurer ce soir et on nous donne l’adresse del Senor José Joacquin qui nous reçoit, nous offre un verre de « limonada » (la vraie, c’est à dire de l’eau bien fraîche et du jus de citron « limon » bien sucré) qui nous paraît boisson divine après l’escalade de la Sierra il appose « el cuno » sur nos credentiales et nous souhaite « un buen camino », sourire aux lèvres.

Après avoir posé nos sacs au refuge, nous partons visiter le village, tout petit, bâti de part et d’autre d’une « rue » principale qui redevient chemin sitôt passées les dernières maisons. Nous retrouvons les 3 brésiliens attablés dehors autour de quelques sandwichs et d’une bouteille de Navarra (encore !). Ils ont « perdus » leurs sacs à dos, n’auront marché que trois jours avec et leur amie (celle qui m’avait permis en partant de récupérer un lit au refuge de Pampelune), les suit en voiture et leur porte les sacs jusqu’à l’étape suivante ! Le « métier » de pèlerin est bien difficile mais sur le chemin, les pèlerines ne sont pas les moins vaillantes ! Cela me rappelle le mot de cette femme hier en traversant Pampelune « Que valiente ! que valiente ! » ça fait plaisir quand même… ainsi que les coups de klaxon encourageants et les saluts de la main.

Voilà, il est 19 h, notre  linge est propre et sèche au soleil étalé sur les buissons derrière le gîte, nous sommes présentables (au fait je n’ai pas parlé des tonnes de boues qu’ont charrié nos chaussures depuis deux jours !), lavées, coiffées habillées de propre… le temps de mettre à jour nos carnets avec le sentiment d’avoir oublié de noter mille choses superbes rencontrées sur le chemin et nous partons diner chez la famille San Martin qui tient à Uterga le seul bar/restaurant du village et loue également des chambres aux pèlerins.

Nous leur devrons le plus grand fou-rire de ces derniers jours (*) mais aussi la note la plus « salée » du chemin… Autrefois leurs ancêtres devaient sans doute détrousser les pèlerins et pour perpétuer la tradition cette charmante famille sait donner le coup de bambou derrière la tête du pauvre pèlerin affamé…

(*) explication à l'étape suivante….

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Mardi 11 octobre 2005 2 11 /10 /Oct /2005 10:15

Le 12ème Jour : Jeudi 27 Avril  ZUBIRI/PAMPLONA 

 

Les premiers sont partis vers 6h ce matin, sous la pluie… Il est bientôt 8 heures et il pleut toujours… Tout le monde est fébrile. Chris et moi, assises dans le même lit, emmitoufflées dans nos duvets, regardons tout ce monde s’agiter autour de nous… Nous attendons que les 21 personnes présentes cette nuit quittent le gîte…

Un Hollandais, assez âgé, a perdu sa veste en arrivant hier au soir. Il cherche partout mais ne la trouve pas. Pas de chance, dehors il n’aura pas chaud avec toute cette pluie. Nous l’aidons à intercaler du papier journal sous ses vêtements, pour lui faire une petite épaisseur supplémentaire… mais cette protection ne tiendra pas très longtemps… il devra racheter un vêtement à Pampelune…heureusement il a un poncho.

J’ai plus ou moins bien dormi.. En réalité je n’ai pas digéré « notre » bouteille de Navarra . Je n’ai pas l’habitude de boire du vin à table, surtout le soir… j’ai eu des aigreurs d’estomac toute la nuit…

Cela ne semble pas être le cas chez le groupe des Brésiliens, ils débouchent 3 bouteilles de vin rouge pour les transvaser dans leurs gourdes en peau… Bruit anachronique de la bouteille qu’on débouche à 8 h du matin… les effluves de vin me donnent la nausée.

Dehors il pleut à verse… nous décidons d’attendre un peu que la pluie se calme… et donnons un coup de main à l’hospitalière pour ranger les matelas alignés par terre, aérer la pièce qui sent un peu le fauve et  balayer le sol. Le gîte a été aménagé dans une ancienne école. Il n’y a ni douches ni lavabos ni WC. Pourtant ces installations rudimentaires nous ont paru bien sympathiques…

Finalement nous reprenons la route à 10 h. Nous avons prévu encore une fois de faire une étape courte, jusqu’à Larrasoana ou Arre-Burlada, selon l’état de nos pieds ou le temps qu’il fera… Merde ! il pleut toujours…

Nous repassons sur le pont qui enjambe l’Arga. Ce pont « el puente de la rabia » a une légende… on dit qu’un animal passant trois fois dessous guérissait de la rage….

  

 

 

 

 

 

Nous longeons le cours d’eau en marchant l’une derrière l’autre, le chemin est devenu très étroit. Nous zigzaguons entre  les lacs artificiels d’un bleu vert insolite de l’usine de magnésite « Magnésitas de Navarra »… pour les néophytes, la magnésite est un silicate naturel de magnésium… plus connu sous le nom d’ « écume de mer ».  Presque tout notre chemin aujourd’hui longera le rio Arga aux eaux traditionnellement d’un vert pur… mais aujourd’hui l’eau est boueuse et le cours de l’Arga est tumultueux et bruyant, empêchant toute conversation. Nous cheminons donc sans parler et pataugeons dans la boue.

Pour éviter la foule des pèlerins déjà rencontrés aux autres étapes, nous voulons nous arrêter avant Cizur Minor et si possible avant Pampelune. De plus, à Arre-Burlada existe un couvent des sœurs de la Trinité qui reçoivent dit-on chaleureusement les pèlerins. C’est notre choix pour ce soir… sauf que dans le guide qui nous sert de repère il y a une erreur. On signale le couvent à Burlada, alors qu’il se trouve à Vilava, juste après le pont médiéval. Lorsque nous nous en rendons compte… nous l’avons déjà dépassé depuis 4 km, et pour ne pas revenir sur nos pas nous poursuivons jusqu’à Pampelune où nous pensons pouvoir trouver un lit au Refuge des Amis de Santiago au centre de la vieille cité.

Notre étape devient finalement plus longue que prévue… Chris a pris un peu d’avance, je marche tête baissée et le bruit de mon bâton que je fais résonner sur les trottoirs qui ont remplacé le chemin bat la mesure de mon pas, et m’entraîne… j’en ai besoin, la fatigue commence à rendre mes jambes molles… Alors que perdue dans mes pensées je marche sans trop regarder où je vais, tout à coup je vois une personne devant moi, me barrant le passage, enfin… je ne comprends pas bien ce qu’elle me veut… elle me prend la main, met un genou à terre et m’embrasse les doigts en disant : « Qué valiente, qué valiente !! »  elle se signe et repart aussitôt poursuivant son chemin… Je suis interloquée,  je dois avoir l’air idiot, debout au milieu du trottoir…

Je reprends ma route mais cet incident me perturbe… comme si je me sentais indigne de cette attention, comme si je ne méritais pas que l’on s’arrête à moi et que l’on me demande de prier pour soi à Compostelle… Je me fais l’impression d’usurper la place d’un vrai pèlerin. N’ai-je donc pas encore vraiment le sentiment d’en être un ? Il  semble pourtant que je le sois devenue aux yeux des autres…

Nous pénétrons dans la vieille cité de Pampelune par la « Porte  de France »… à l’architecture magnifique, je n’ai même plus la force de poser mon sac pour prendre une photo… et nous trouvons enfin le Refuge… plein à craquer… plus aucune place ! Chris, persuadée que nous trouverons un hôtel dans la ville, me presse de partir… moi j’essaie de négocier notre nuit sur place…. Finalement il reste un lit, je dis à Chris de rester et je repars en ville à la recherche d’une pension  ou d’une « fonda » que m’indique l’un des hospitaliers. Chris reste sur place prendre sa douche en attendant… Après deux bons kilomètres de déambulation en ville, je reviens bredouille et les pieds en marmelade… le moral n’est pas mieux. L’hospitalier me propose de rester dormir par terre dans l’entrée, ce que je m’empresse d’accepter !

Après une bonne douche froide nous partons nous restaurer avec un couple de français natifs de Clermont-Ferrand : Françoise et Jacques… La douche a effacé  les fatigues de la journée et l’humeur est joyeuse… les œufs au jambon et les macaronis à la tomate, bien reconstituants me rendent les idées claires… et le « vino tinto » mes les rend transparentes !!!

De retour au gîte il s’avère qu’une brésilienne a capitulé et abandonne le chemin… Ses amis (ceux qui remplissaient leurs gourdes de vin rouge ce matin) ont loué une voiture et  ils repartent tous motorisés vers Compostelle. Un lit se libère donc et je m’endors comme un bébé, doucement bercée par les ronflements soutenus de mon voisin de droite (en bas), de ma voisine d’en bas (dessous), ronflements plus subtils de Chris à droite (en haut), saccadés de mon voisin à gauche (en haut) et essouflés de mon voisin à gauche (en bas)…. Mais réveil en pleine forme. Je suis stupéfaite par la faculté de récupération dont nous disposons sans le savoir… J’en suis à mon 12 ème jour de marche, j’ai fait plus de 180 km, soit une moyenne de plus de 15 km par jour… J’arrive en fin d’étape chaque soir en croyant que je ne pourrai plus mettre un pied devant l’autre le lendemain, et puis, après une bonne douche, chaude ou froide, un bon repas, une bonne nuit (même bercée par les ronflements des uns et des autres…), dès que j’enfile mes chaussures je me sens prête à avaler des kilomètres, moi qui n’ai jamais randonné de ma vie !

Nous quittons l’Albergue à 8 h 30… Il ne pleut plus !

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Lundi 3 octobre 2005 1 03 /10 /Oct /2005 10:17
LE 11ème jour : MERCREDI 26 AVRIL : VISCARET/ZUBIRI

 

 

Cette halte à Viscarret aura été une halte de luxe dans une Casa Rural où nous étions les seules pensionnaires… Mais quelle récupération ! Chris et moi avons dormi d’une traite, de 9h hier soir à 7h30 ce matin.

Après un déjeuner copieux servi par notre hôtesse nous sommes prêtes à reprendre le chemin dès 9 heures, mais nous devons aller faire tamponner nos « credentiales » au café d’en face, dépositaire du « cuno » (prononcer « counio »), le sceau officiel de Viscaret.

Aujourd’hui encore notre épreuve sera courte, mais intense avec un nouveau col à  922 m (Puerto de Arro)

 

Nous partons sous la pluie, le chemin est boueux et difficile surtout du côté de Lintzoaïn où il traverse des strates de pierres glissantes et d’argile…

 

Mais le paysage est époustouflant dès que la brume se disperse…


à la sortie de Lintzoain - photo martine réau-gensollen (tous droits réservés)

 

Voilà 10 jours que je marche et Chris m’a rejointe depuis une semaine… dans trois jours elle repartira. Quand osera-t-elle aborder ce problème qui a pourri notre enfance ? En aurai-je moi-même le courage ?

Christiane et moi sommes parties chacune avec un bagage bien lourd, pas seulement celui qui pèse sur nos épaules… et ces longues tranches de vacuité intellectuelle sont propices à la réflexion nécessaire que ne nous laisse jamais le rythme ordinaire de nos quotidiens.

On pourrait supposer que la journée d’un pèlerin n’est remplie que de cette avance vers Compostelle, la recherche d’un gîte, les haltes frugales ou gastronomiques au hasard des étapes… Peut-on imaginer tout au long de ces kilomètres le ruban de pensées qui se déroule et suit les méandres du chemin ? C’est peut-être là, c’est sûrement là que réside le principal attrait de ce parcours solitaire… car on est bien seul plongé dans ses pensées . Quelques lignes résumant ces journées passées à marcher ne peuvent prétendre donner la mesure du chemin que l’on parcours aussi dans sa tête…

Eclaircies et pluies vont alterner jusqu’à l’arrivée à Zubiri où nous avons choisi de poser nos sacs ce soir. Nous nous suivons  car le chemin est devenu trop étroit pour marcher côte à côte et quand l’effort est intense il est difficile d’entretenir une conversation. Nous resterons donc, encore une fois aujourd’hui, silencieuses, nous extasiant seulement sur toutes les beautés que nous croisons au passage.

maison navaraise entre Viscaret et Zubiri
photo martine réau-gensollen (tous droits réservés)

L’arrivée à Zubiri par le petit pont médiéval, la halte chez l’épicier du coin (qui me prend pour une « catalane » ??) et l’accueil au refuge, nous réconcilient avec nos pieds. Nous casse-croûtons à l’Ayuntamiento sur une table en ciment. Le refuge est totalement vide car tous les pèlerins qui nous ont doublées ont continué leur chemin jusqu’à Larrasoana… Mais bientôt les suivants arrivent par groupes : Italiens, Américains, Australiens, Danois, Hollandais… nous sommes les seules Françaises.

A 20 heures le refuge est  surpeuplé et on installe encore des matelas parterre…

Nous partons dîner dans un hostal à 800 m du centre, genre routier. Je fais découvrir à ma sœur une spécialité du Pays Basque : le merlu « Koskera » arrosé d’un superbe Navarra qui ajouté à la fatigue de la journée nous plongera rapidement dans les bras de Morphée…

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Mardi 27 septembre 2005 2 27 /09 /Sep /2005 10:20

LE 10ème jour : MARDI 25 AVRIL 

RONCEVAUX/VISCARET

 

S’il ne m’a fallu que quelques secondes hier soir pour m’endormir, je me suis réveillée à 4 h ce matin… j’ai entendu sonner 5 h, puis 6 h et un Chanoine vient nous réveiller  tambour battant à 6 h 30 alors que je commençais à m’assoupir pour de bon… Réveil en fanfare donc, habillées rapidement, nous sommes « éjectées » très militairement par nos accueillants Chanoines. Nous atterrissons à l’auberge à 7 h 00 pour prendre un « cafe con leche » qui en Espagne est la boisson nationale après le « vino tinto » le « clarete » ou la « sangria »… Un café sans lait ne se conçoit pas… ou bien il faut impérativement préciser « un cafe solo » (prononcer « oun café solo »).

A 8 heures nous sommes donc prêtes à partir, Chris et moi, mais contrariées ne n’avoir pas pris la bonne piste hier soir, nous abandonnons nos sacs à la jeune aubergiste et nous montons au Col d’Ibaneta (1057 m) ou Col de Roncevaux, à 1,5 km plus haut pour voir la Stèle de Roland.

Je pense y trouver aussi l’énorme épée Durandal, rappel en fer forgée de la mythique épée de Roland, mais lorsque nous atteignons la Chapelle San Salvador (Saint-Sauveur),  le monolithe est désespérément vide,  l’épée, nous l’apprendrons, a été « volée » par des indélicats !

 
la stèle de Roland (sans Durandal)
photo martine réau-gensollen (tous droits réservés)

Ce qui me touche le plus ce sont ces croix, plantées là à la mémoire de pèlerins décédés…

Je me retourne une dernière fois vers les hauteurs dont Aimery Picaud disait « … dans le Pays Basque, la route de Saint Jean Pied-de-Port franchit un mont remarquable appelé Port de Cize… Pour le franchir, il y a huit mille à monter et autant à descendre… En effet, ce mont est si haut que celui qui en fait l’ascension croit pouvoir de sa propre main toucher le ciel… ».

Avec ma sœur, Béa et Marité qui ont dû partir à l’aube et que nous ne reverrons plus, nous l’avons franchi ce Port de Cize qui nous faisant tant peur…

Nous redescendons par le chemin de terre que nous aurions dû prendre la veille et passons à l’auberge pour récupérer nos sacs-à-dos. Nous nous dirigeons vers Burguete (le « petit bourg ») à 3 km de là,  par un petit sentier qui longe la route goudronnée, il fait beau et frais. Les maisons du village sont étonnantes avec leurs pignons très ouvragés aux armoiries massives . De part et d’autre de l’unique rue du village qui fut autrefois, et jusqu’en 1794, la  « Chaussée des Pèlerins », ces maisons de pierre témoignent de la tradition hospitalière de ses habitants. Mais petit à petit, nos ampoules commencent à se rallumer… Cette fois-ci c’est Chris qui en souffre le plus, les miennes ont quelque jours d’avance et se cicatrisent grâce aux pansements Compeed qui sont des petits miracles ! Nous marchons doucement, puis nous quittons la rue principale et nous engageons sur un chemin de terre par un gué d’énormes pierres franchissant un ruisseau assez large.

Le chemin est bordé de larges prairies et tout à coup nous nous trouvons « nez à nez » avec une horde de pottoks (prononcer « pottioks ») chevaux sauvages, non ferrés, assez courts du garrot et aux longues crinières échevelées…

 Ils sont superbes et autant pour me reposer que parce qu’ils m’impressionnent je m’assied par terre, près du chemin, pour les observer. Chris préfère continuer son chemin…

 
une horde de pottoks sur le chemin
photo martine réau-gensollen (tous droits réservés)

 Le plus gros s’avance vers moi, me renifle sous toutes les coutures, broute un peu mes cheveux… Je baisse la tête pour que nos regards ne se croisent pas et je lui parle doucement. Il reste près de moi et frotte son museau sur ma veste.

 
pottoks - photo martine réau-gensollen
(tous droits réservés)

Le moment est magique, je le touche doucement en lui parlant tout le temps, par moments il fait de petits écarts furtifs mais la curiosité semble la plus forte et il revient me voir. 

J’essaie de ne pas faire de gestes brusques en me relevant et je repars lentement, suivie sur quelques dizaines de mètres par ce pottok superbe et curieux…

Chris m’attend près d’un petit gué, nous entamons la montée vers un petit col à 930 mètres d’altitude. Curieusement, je me mets à préférer les montées aux descentes qui sont terribles pour le bout des pieds ! Après Burguete nous dépassons Espinal et son Eglise San Bartolomé. Même maisons armoriées, même rue centrale qu’à Burguete,  puis nous quittons à nouveau le centre du village pour continuer à travers une forêt de conifères. Le chemin monte puis resdescend pour monter à nouveau. C’est épuisant. Nous passons un second col à 922 m (Alto de Mezquiritz ou Puerto de Espinal). Nous sommes sur un chemin étroit qui surplombe la route (N135) où le traffic est dense, je regrette les étendues rurales de ce matin, les ruisseaux, les champs, les chevaux… Nous redescendons enfin sur Viscarret, il est déjà 15 h. Nous n’avons fait que 15 km aujourd’hui, mais nos pieds crient grâce !… nous décidons de les écouter et faisons halte au centre du village, à la recherche d’un endroit  pour la nuit…

Une petite « cerveza » et un « bocadillo de jamon » plus tard, on nous indique une chambre chez l’habitant, juste en face du bar où nous avons donné congé à nos orteils…

En fait il s’agit d’une Casa Rural (l’équivalent de nos Gîtes ruraux de France). La propriétaire qui dispose de deux chambres nous laisse choisir la nôtre, et nous pouvons enfin prendre une douche CHAUDE et dormir dans un vrai lit, avec de jolis draps qui sentent bons… « Le rêve » disons nous en cœur ! « Le pied » nous répondent aussitôt nos orteils !

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Lundi 26 septembre 2005 1 26 /09 /Sep /2005 09:54

9ème jour - Lundi 24 Avril :
Honto/Roncevaux par le Col de Lepoeder (1430 m)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
C’est le grand jour, le vrai départ, celui où nous devons franchir les Pyrénées… Je crêve de trouille car en montagne le temps peut changer très vite et hier soir à la veillée, j’en ai entendu de toutes sortes… des pèlerins perdus dans la montagne, des égarés transis dans le brouillard givrant, des demi-tours dans la tourmente… et la peur de Marité la Nantaise qui a déjà tenté un passage, a dû rebrousser chemin et n’a dû son salut qu’à un berger qui, venant vérifier en 4L si ses moutons étaient bien parqués dans la tempête, a pu la ramener saine et sauve dans la vallée…

 

La même Marité nous supplie d’accepter qu’elle se joigne à nous pour la traversée, ce que nous acceptons (d’autant plus que ça nous rassure aussi !) Sa compagne de route, Béa, nous rejoindra à cheval sur le chemin car elle doit attendre sur place le garagiste délégué par son assurance pour la prise en charge de sa voiture qui vient de rendre l’âme…

 

Nous partons à 9 heures, il y a 22 km de route à faire et un fort dénivellé (1400 m). Un ancien de Saint Jean rencontré hier matin sur le chemin nous a dit qu’il fallait compter 6 heures, mais que lui-même et ses copains, lorsqu’ils avaient 20 ans et qu’ils fréquentaient de jolies jupons de l’autre côté de la frontière, ne mettaient que 2 heures pour faire le même trajet au pas de course, sans sac à dos bien sûr… et sans doute portés par « les ailes du désir »…

 

Donc, en comptant les arrêts, nous devrions arriver entre 16 h et 17 h. La route est large, le ciel est bleu, le soleil est au rendez-vous ce matin. Nous marchons d’un bon pas… Nous avons fait environ 5 km lorsque Béa nous rejoint à cheval.

 
la vierge d'Orisson - photo martine réau-gensollen
(tous droits réservés)

 nous faisons notre première halte à Biakoré (1095 m d’altitude) près de la Vierge d’Orisson.

Le vent souffle fort et nous nous protégeons tant bien que mal derrière les rochers pour grapiller quelques abricots secs et quelques pruneaux (qui ne tarderont pas à faire leur effet !). Prise d’une impulsion soudaine je grimpe en haut du rocher qui domine la vallée en contrebas… et je crie dans un souffle rageur qui me vide les poumons et laisse échapper sans doute ma peur mais me soulage, infiniment ! Je reprends la route avec Christiane, nous laissons nos « amies » d’un jour prendre les devants car le cheval les a délestées de leurs charges et elles avancent donc plus vite que nous…

 

Nous ne sommes plus protégées par le flanc de la montagne et marchons à découvert. La terre à peine sortie de l’hiver présente une spongieuse moquette boueuse et verte, rase et encore recouverte de neige par endroits, surtout à l’ombre. Le vent souffle maintenant très fort, un vent à décorner les vaches ! Ca monte raide !

 

Nous arrivons à la croix Thibault où nous attendent Marité, Béa et la Jument Gladys. Nous quittons enfin la route goudronnée pour entrer sur un chemin herbeux, assez étroit, mais surtout balayé par un vent fou qui rend la jument folle d’inquiétude…

 

Le spectacle est saisissant… époustouflant… magnifique ! Du flanc droit de la montagne sortent des arbres dénudés, gris et courbés par des rafales de vent qui n’ont jamais trouvé de cesse depuis qu’ils sont sortis de terre. Cela leur donne une silhouette dantesque, courbée vers le chemin dans une tentative désespérée d’atteindre nos pas pour nous barrer la route.

 

Nous sommes saoûles de vent, ballotées de droite et de gauche, poussées puis freinées par des bourrasques incohérentes, tantôt attirées vers le vide puis repoussées avec brusquerie vers le rocher… J’ai du mal à penser et n’arrive plus à raisonner. Je marche, tête baissée, en tenant mon chapeau de cuir pour ne pas qu’il s’envole. J’ai l’onglée… je tire sur mes manches pour les rallonger et y protéger mes doigts. Le vent est infernal.

 

De gros nuages noirs arrivent et je crains un moment que la pluie ne s’abatte sur nous, quelques gouttes le laissent croire et Christiane et Marité s’arrêtent pour mettre leurs ponchos. Mais je préfère continuer sans être entravée…  Nous dépassons la Borne Frontière n° 198 à 1300 mètres d’altitude, puis la n° 199 à 1344 m. Nous franchissons le Col d’Intzondorre à 1375 mètres et là les nuages noirs s’enfuient aussi vite qu’ils sont apparus, et un rayon de soleil perce l’épaisse couche d’encre qui nous poursuit depuis la Croix Thibaut. Nous arrivons enfin au Col de Lepoeder, à 1430 mètres… Nous savons que maintenant le chemin redescend…

 

Là nous commettons une erreur… Au lieu de suivre le chemin en prenant sur la droite une petite route qui descend doucement vers le Col de Roncevaux/Ibaneta à 1057 mètres, nous suivons les traces de sabots de Gladys qui se perdent dans la forêt très très pentue, suivant un chemin de terre abrupt qui serpente à travers les hêtres…

 

La descente est vertigineuse, diabolique… 3 km d’enfer à pic pour nos pieds endoloris.

 
photo martine réau-gensollen
(tous droits réservés)

mais autour de nous s’élancent les fûts de magnifiques arbres dénudés sur un tapis de feuilles mortes, de mousses vertes, et de bois pourris par l’hiver.  

C’est en passant sous le tronc d’un arbre déraciné que j’aperçois les premières traces… de loup !? (il y en aurait environ 2000 en Espagne et quelques meutes dans les Pyrénées)… Tout au long de la descente, je remarque ces traces bien visibles dans les endroits où la terre est boueuse…

 

 
L'austère Collégiale des Chanoine de St Augustin
photo martine réau-gensollen
(tous droits réservés)

Je marche depuis 9 h ce matin… il est déjà presque 18 heures et mon pas est plus lourd et moins sûr…

Je me sens très fatiguée et j’ai hâte d’arriver à Roncevaux (Roncesvalles).

J’aperçois les toits sombres de la Collégiale… 

Encore quelques centaines de mètres et après avoir passé un dernier gué je retrouve Christiane, Marité et Béa dans un état de stress aigu dont les raisons m’échappent tout d’abord, car elle n’arrive pas à parler… Je reste avec elle le temps qu’elle retrouve son calme, elle m’explique alors que son cheval ne peut être hébergé et qu’aucune nourriture n’est disponible pour lui.

 

 

 

Puis un homme vient nous rejoindre et nous explique que la jument peut rester là dans son champ, qu’elle ne risque rien, qu’il y a un auvent à 50 m où elle peut s’abriter en cas de pluie, qu’il lui portera du fourrage et qu’elle n’a pas à s’inquiéter,  mais qu’elle reste responsable de son cheval et qu’elle devra repartir tôt dès le lendemain matin car ce n’est qu’une solution pour la nuit…

 

Rassurées, ma sœur et moi nous dirigeons vers la Collégiale, austère et grise, pas vraiment accueillante dans le soir qui tombe… Un Chanoine nous accueille à l’entrée et nous dirige militairement vers une pièce où nous sommes reçues, une par une, par un autre Chanoine tout droit sorti du moyen-âge, l’air aussi sévère que les murs gris qui nous entourent, et qui « exige » notre crédential. Il me tend une feuille, où un texte écrit en plusieurs langues et en Français nous explique le règlement strict qui est appliqué dans l’établissement. Il tamponne ma crédential et me confie à un autre Chanoine qui nous attribue, 4 étages plus haut et des km de couloirs et d’escaliers plus loin, un lit dans un immense dortoir. Enfin, plutôt une couchette spartiate superposée. Lâchement, je choisis celle du bas car je me sens incapable de monter un mètre de plus… J’ai le dos en bouillie, les pieds ?  Une horreur ! Et les jambes : en morceaux…

 

Nous avons droit à une douche froide (la Collégiale est en travaux de réfection…), mais « miracle » on se sent tellement mieux après que nous acceptons (nous y sommes fermement « encouragées » par le Chanoine de service….) d’assister à la messe traditionnelle des Pèlerins qui a lieu à la Chapelle Royale…

 

Celle-ci, construite vers 1200 est chauffée… et je somnole un peu lorsque les Chanoines de l’ordre des Augustins (un peu intégristes tout de même), nous appellent en Espagnol, en Français, en Anglais, en Allemand, en Italien et en Basque !, nous les pèlerins, au milieu de la nef, pour recevoir la bénédiction dite spécialement pour nous, en un texte vieux de plus de 1000 ans ! J’avoue être impressionnée par la solennité de l’instant et le décorum de cette chapelle où une vierge aux larmes de  diamants (de vrais diamants dit-on), suspendue au-dessus de nos têtes, nous regarde avec bienveillance…

 

L’auberge qui jouxte la Real Colegiata est pleine à craquer… l’ambiance y est chaleureuse et le verbe haut, le vino tinto qui  rosit les verres y est pour quelque chose… La soupe de garbanzos (pois chiches) la truite sauvage et les patatas (légumes qui reviendra souvent dans nos repas…) finiront de nous achever… Nous nous écroulons dans nos couchettes, trop fatiguées pour nous plaindre, dans ce dortoir mixte archi-plein, des ronfleurs impénitents et de l’odeur des chaussettes !

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle - Communauté : COMPOSTELLE
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