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pour suivre mon cheminement,
par le "CAMINO FRANCES" 
jour après jour,
choisissez les étapes
dans la liste ci-dessous :

Le 1er jour :
Monfort/Habas
Le 2ème jour :
Habas/Sauveterre
Le 3ème jour :
Sauveterre/ Saint-Palais
Le 4ème jour :
Saint-Palais/Ostabat
Le 5ème jour :
Ostabat
Le 6ème jour :
Ostabat/Bussunarits
Le 7ème jour :
Bussunarits/St-J-Pied-de-Port
Le 8ème jour :
St-Jean-Pied-de-Port/Hunto
Le 9ème jour :
Hunto/Roncevaux
Le10ème :
Roncesvalles/Viscaret
Le 11ème jour :
Viscaret/Zubiri
Le 12ème jour :
Zubiri/Pamplona
Le 13ème jour :
Pamplona/Uterga
Le 14ème jour :
Uterga/Lorca
Le 15ème jour :
Lorca/Estella
Le 16ème jour :
Estella/Villamayor
Le 17ème jour :
Villamayor/Los Arcos
Le 18ème jour :
Los Arcos/Viana
Le 19ème jour :
Viana/Navarrete
Le 20ème jour :
Navarrete/Najera
Le 21ème jour :
Najera/Santo Domingo
Le 22ème jour :
Santo Domingo/Belorado
Le 23ème jour :
Belorado/S-Juan-de-Ortega
Le 24ème jour :
S-Juan-de-Ortega/Burgos
Le 25ème jour :
Burgos/Hornillos
Le 26ème jour :
Hornillos/Castrojeriz
Le 27ème jour :
Castrojeriz/Boadilla
Le 28ème jour :
Boadilla/Carrion
Le 29ème jour :
Carrion/Calzadilla de la C.
Le 30ème jour :
Calzadilla/Sahagun
Le 31ème jour :
Sahagun/Calzadilla de los H.
Le 32ème jour :
Calzadilla/Mansillas
Le 33ème jour :
Mansillas/Leon
Le 34ème jour :
Leon/Villar de Mazarife
Le 35ème jour :
Villar de M./Hospital de Orbigo
Le 36ème jour :
Hospital de Orbigo
Le 37ème jour :
Hospital de Orbigo/Astorga
Le 38ème jour :
Astorga/Rabanal
Le 39ème jour :
Rabanal/Riego de Ambros
Le 40ème jour :
Riego/Cacabellos
Le 41ème jour :
Cacabellos/Vega de Valcarce
Le 42ème jour :
Vega/Hospital da Condesa
Le 43ème jour :
Hospital da Condesa/Triacastela
Le 44ème jour :
Triacastela/Sarria
Le 45ème jour :
Sarria/Portomarin
Le 46ème jour :
Portomarin/Palas de Rei
Le 47ème jour :
Palas de Rei/Ribadiso de Baixa
Le 48ème jour :
Ribadiso de Baixa/Santa Irene
Le 49ème jour :
Santa Irene/Santiago
Le 49ème jour (suite) :
Santiago de Compostelle
Le 50ème jour :
SANTIAGO DE COMPOSTELLA
Le 51ème jour :
Santiago/Negrera
Le 52ème jour :
Negrera/Olveiroa
Le 53ème jour :
Olveiroa/Finisterra

 

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Compostelle

Mardi 13 décembre 2005 2 13 /12 /Déc /2005 00:18
Le 24ème jour : Mardi 9 mai – SAN JUAN DE ORTEGA/BURGOS (32 km)
 
 
 
Après la grêle tombée hier soir, les chemins sont encore un peu boueux, mais ce matin il semble qu'il fasse beau lorsque le brouillard se déchire, par intermittence... Béa et moi décidons de faire route ensemble sur cette étape. Nous parlons beaucoup, peut-être est-ce dû à ces journées de marche solitaire qui ont précédé… Nous traversons un petit bois de pins, une clairière où le soleil peine à darder quelques rayons à travers le brouillard épais qui baigne tout le paysage par endroits, puis à nouveau un petit bois de chênes verts… Nous devons traverser quelques champs, ouvrir et refermer de grands portails de bois ou de barbelés pour éviter que le bétail ne divague sur les voies rurales. 
 
 
Après les petits villages d’Agès et d’Atapuerca, le chemin grimpe sec jusqu’à un immense plateau cerné de barbelés qui domine Burgos. Nous traversons un terrain militaire et bien que notre but soit visible au loin il semble s’éloigner à chaque pas, c’est le plus long trajet que j’entreprends sur une journée depuis le début de mon périple mais sans doute pas le plus long de tout le chemin...
 
Sur le plateau une silhouette étrange semble nous suivre, au début nous n’y prenons pas garde, mais sur cette lande pelée où nul accident du terrain ne vient rompre l’uniformité du paysage cette silhouette qui apparaît puis disparaît semble plutôt anachronique… Piquées de curiosité nous y prêtons un peu plus attention. Il s’agit d’un homme à l’accoutrement bizarre, pantalon gris, chaussures boueuses, et un imperméable « rouge » à capuche. Un peu tôt pour un père Noël… On dirait qu’il veut capter notre attention mais, en même temps, qu’il se cache… A un détour du chemin nous l’apercevons encore et là nous comprenons tout de suite à qui nous avons à faire… Il s’agit d’un exhibitionniste, complètement nu sous son imperméable et dont les bas de pantalons tiennent avec des élastiques aux genoux…. Nous hésitons entre la frayeur et le fou-rire… et le fou-rire l’emporte car ce pauvre hère a plutôt l’air minable et nous pensons qu’il doit être transi de froid… Nous accélérons quand même le pas et nous nous congratulons d’avoir eu la bonne idée de marcher à deux ce matin… L’animal fera parler de lui à l’étape du soir, où quelques pèlerines nous conteront leur mésaventure, sans qu’il y ait eu ni agression ni violence… mais il sera signalé aux autorités qui mettront vite un terme à son spectacle de « nu artistique »…
 
Cette rencontre imprévue nous interpelle sur les dangers possibles du chemin. On entend beaucoup de choses d’une étape à l’autre… des mises en garde, des peurs irraisonnées, des « on-dit », j’avoue n’avoir encore jamais ressenti ce genre de peur depuis mon départ … je croise les doigts pour que ça continue.
 
Nous redescendons du plateau qui ouvrait une fenêtre immense sur les alentours de Burgos et le village de Villalval en contrebas sur notre gauche. On aperçoit, toujours au loin, la ville, on devine la cathédrale… mais plus on approche et plus elle semble s’éloigner… Nous pénètrons dans un petit village charmant : Orbaneja et décidons d’y faire halte quand une odeur de « tortilla » et de « jamon » vient nous chatouiller les narines. Nous goûtons le fromage de brebis local, une merveille, et prenons le café au bord de la ruelle où un rayon de soleil vient nous caresser. Visages tendus vers le bel astre nous emmagasinons un peu de sa chaleur et il s’en faudrait de peu que l’on somnole pour de bon… Il reste encore un grand chemin à faire dont la plus grande partie se fera dans la cité. Nous redoutons toutes les deux cette traversée de ville, l’asphalte n’est pas tendre sous le pied et retrouver l’agitation des rues, la pollution des gaz d’échappement, nous qui vivons en marge depuis des semaines, nous angoisse un petit peu…
 
Alors que nous quittons à regret notre petite halte épicurienne, nous rencontrons Marco  et cheminons avec lui jusqu’à l’entrée de Burgos. Marco est issu d’une famille noble et riche et se destinait au sacerdoce. Il sort du séminaire et il est beau comme un dieu… c’est peut-être la raison qui le pousse sur le chemin : réfléchir à la réalité de sa vocation, car dit-il les filles sont trop belles et je ne saurai pas résister toute une vie… Son humour et son détachement (il est peut-être plus aisé d’être « détaché » des choses terrestres quand on est sûr qu’on n’en sera jamais privé…) nous accompagne avec légèreté, nous rions beaucoup et la fatigue semble se tenir encore un peu en retrait…
 
Nous abordons les faubourgs de Burgos qui semblent n’avoir pas de fin. Longs murs gris, zones industrielles interminables, voies rapides encombrées de véhicules bruyants et polluants… l’entrée de Burgos est infernale. Nous avons déjà parcouru 24 km, nous ne le savons pas encore mais il nous reste 8 km à faire pour traverser la ville et atteindre le refuge qui se trouve au centre du Parc El Parral à la sortie de Burgos… oui, un enfer.
 
Je salue au passage la statue équestre du grand capitaine Rodrigo Diaz de Bivar, dit Le Cid Campéador (de l’arabe Sidi, « mon seigneur »), et alors que nous nous extasions devant le fameux cavalier je surprends le regard d’une passante. A l’œil qu’elle me jette je réalise soudain que ma tenue n’a rien d’élégant. Si ce n’était notre coquille bien en vue sur notre sac à dos, beaucoup nous prendrait pour des SDF. Nous en avons un peu l’allure et la vie que nous menons d’étape en étape, sans vrai souci d’élégance ni soin de maquillage et de coiffure a rendu notre mise très « basique » pour ne pas dire « rustique »… Je regarde mes chaussures boueuses, mes mains rendues rugueuses par la vie au grand air, j’imagine mon teint légèrement cuivré (mais surtout grisé par la poussière du chemin), mes habits vraiment défraîchis même s’ils sont lavés régulièrement et je ressens soudain la honte que certains regards peu amènes peuvent déclencher… Je me rassure aussitôt en me pensant « pèlerine » mais ce malaise resurgira de loin en loin lorsque je traverserai les grandes villes. Cela me conforte dans l’attitude bienveillante que j’adoptais jusque là avec les gens de la rue et renforce mon désir d’être avec eux encore plus avenante, du moins de ne pas avoir ce regard qui vous renvoie dans la marge et ne fait aucun cas de votre dignité…

 
Dans le dédale des rues il devient difficile de retrouver la bonne voie et malgré notre fatigue intense nous souhaitons aller jusqu’à la Cathédrale Santa Maria de Burgos, la reine des Cathédrales gothiques, une des plus belles d’Europe. Nous y parvenons enfin… elle est fermée et en réfection, nous ne pourrons que graver dans notre rétine ses vertigineuses flèches s’élançant dans le ciel un peu moins  gris… Nous traversons enfin le quartier des gitans avant de parvenir à l’Albergue de Peregrinos dans le grand parc El Parral. Je suis sur les rotules et mon pied droit me donne bien du souci. L’accueil est excellent et me réconcilie avec les hospitaleros. Après la douche, chaude, je me sens des ailes.
 
Tous les préfabriqués qui composent le refuge de pèlerins sont pleins, on a installé dans le parc d’énormes tentes militaires vert kaki… C’est dans l’une d’elles qu’on m’attribue un lit de camp, c’est spartiate mais c’est un lit… je n’en demande pas plus.
 
Nous allons diner chez « Gloria », une adresse qui passe de pèlerin en pèlerin… une bonne adresse somme toute car après avoir goûté ses délicieux « garbenzos au chorizo» (pois chiches), le sommeil viendra me cueillir alors que je me dis que je ne sens plus mes jambes, que mon pied droit me lancine, que je me sens mâchée de toutes parts, fourbue et courbaturée mais que pour rien au monde je ne m’arrêterai avant Compostelle…
Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Lundi 12 décembre 2005 1 12 /12 /Déc /2005 00:02
Le 23ème jour : Lundi 8 mai – Belorado/San Juan de Ortega (23 km)
 
 
Départ dans le matin triste et pluvieux… Il est 8 h 30 et depuis plus d’une heure déjà j’entends dans la rue, en contrebas de ma chambre, les pèlerins passer au rythme de leur bâton résonnant sur le bitume… Je ne me presse pas, je veux prendre le temps…
 
Je sors du village de Belorado dont je n’aurai pas le « cuno » puisqu’il n’y avait personne au refuge hier soir pour l’apposer sur ma credential. Je franchis le Rio Tiron sur un pont de bois qui double le pont de pierre qui enjambe la rivière… La pluie est de retour et je retrouve la boue des chemins, le sol glissant, les pierres visqueuses et le pas mal assuré. Je n’ai pas déjeûné et je presse le pas pour rejoindre assez vite le premier village situé à 6 km : Tosantos.
Il n’y a qu’un seul bar, à 100 mètres du chemin, curieusement c’est un bar portugais. Je m’y fais servir 2 œufs au plat et un café noir, un régal qui me met du chaud au cœur et me permet de repartir avec entrain.
 
La pluie ne me gêne pas, l’air est frais, mais mes vêtements ont eu le temps de sécher dans la chambre chauffée et je me sens confortable, je n’ai pas froid. Quelques kilomètres plus loin à Espinosa del Camino un groupe d’Espagnols assez âgés (des retraités ?) et très chics, me double… ils n’ont pas de sacs, ils sentent bon et ont le pas alerte… ils m’encouragent gentiment…
 
Je m’arrête quelques instants auprès des ruines du Monastère de San Felix (XIIIème siècle). J’ai toujours un sentiment étrange en présence des vieilles pierres, je ne peux m’empêcher d’imaginer le temps où ces murs protégeaient des vies… Je regarde alentour ce paysage que d’autres yeux ont vu et qui n’a sans doute que peu changé. J’aimerai flâner un peu plus, peut-être prendre le temps de faire une aquarelle, mais le temps ne s’y prête pas, je poursuis donc vers Villafranca Montes de Oca où j’entre en franchissant un pont de pierre sur le Rio Oca. Face à moi l’auberge « El Pajaro » ("l’oiseau"), dernier point de ravitaillement avant San Juan de Ortega. J’y entre et trouve là quelques pèlerins dont Béa, d’Oloron Ste Marie, qui semble un peu fatiguée, peut-être un peu déprimée aussi… J’ai fait une douzaine de km depuis le matin, je décide de faire une petite pause. Le patron du bar, très sympathique, nous dit qu’il a fait lui-même le chemin il y a 7 ans, il nous encourage avec beaucoup d’enthousiasme, finalement nous repartons ensemble pour la deuxième partie de l’étape.
 
Dès la sortie du village la route monte très raide jusqu’à 1100 mètres d’altitude (plus haut que le col de Roncevaux). Nous atteignons « Los Montes de Oca », réputés pour abriter autrefois, les loups et les brigands de grands chemins qui attendaient les pèlerins pour les détrousser.
 
D’abord forêts de chênes verts, puis landes de bruyères en fleurs et conifères, ces monts réputés pour être sauvages sont merveilleusement beaux. La terre y est rouge, la bruyère rose parme se détache sur le vert des taillis dans la lande et en sous-bois, l’endroit est magnifique et se gagne… La pente est raide !
 
Béa et moi parlons beaucoup… et le temps passe vite. J’ai marché pendant trois semaines la plupart du temps en solitaire… et tout d’un coup la parole coule à flot… J’ai besoin de dire le plaisir à marcher, le plaisir tous les matins renouvelé de sentir l’herbe fraîche et ces parfums de nature que le chemin nous offre. Ma compagne de marche a elle aussi besoin de parler… de se confier, de demander conseil. Nous ne nous connaissions pas le matin même et nous sommes là comme deux amies de toujours. C’est « l’effet camino »…
 
Vers 17 heures nous avons l’orage habituel… mais cette fois-ci il s’agit de grêle et l’air s’est tout de suite beaucoup rafraîchi. Nous apercevons le clocher du Monastère et nous nous mettons à courir. Béa plus rapide disparaît à mes yeux. La grêle s’abat sur moi et je n’y vois plus rien. Je manque de m’étaler de tout mon long en butant sur un couple assis au milieu du chemin. Deux jeunes gens, très beaux, attendent là que la grêle s’arrête. Elle a  de longs cheveux blonds, une jupe gitane qui lui colle au corps, lui porte un catogan et bizarrement il est pieds nus… Elle tient les pieds de son compagnon dans ses mains et tente de le réchauffer, ils ont l’air sortis d’un autre monde et je crois bien qu’ils ne me voient pas tant ils ne sont occupés que d’eux-mêmes… Et puis je sens aussi qu’autre chose de très fort les relie, elle le dévore des yeux, on dirait même une sorte de dévotion… Lui … se laisse aimer. J’apprendrai plus tard qu’il est danseur étoile, qu’il a subi une opération des jambes très grave, et qu’ il s’est promis, s’il pouvait à nouveau danser, d’aller à St Jacques de Compostelle pieds nus…
 
Je poursuis mon chemin vers le monastère où j’arrive trempée et grelottante. L’endroit est quasi désertique et impressionnant… une église, un monastère, un petit bar/restaurant…
 

Les dortoirs sont immenses… et froids… et sales. Les douches sont glissantes, froides, que dis-je : glaciales, et … boueuses. L’eau coule marron… J’oserai quand même prendre une douche glacée et je me sentirai après tout à fait revigorée…
 
A 19 heures j’assiste à la messe des pèlerins dans une église superbe et glaciale où une hirondelle nous fera la plus belle oraison du Camino. Je ressors de là frigorifiée et j’apprécie donc infiniment le repas chaud servi dans la petite auberge attenante au monastère où la chaleur de l’ambiance contraste avec la froidure du dehors.
 
J’ai ce soir là beaucoup de mal à m’endormir. Le dortoir ressemble à une caserne, il est sinistre et froid et comble de malheur le refuge est bondé et tous les ronfleurs de la terre s’y sont donné rendez-vous… Ronflements intenses à la limite du supportable ! Je m’enfouis dans mon duvet … demain il fera jour !
Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Dimanche 11 décembre 2005 7 11 /12 /Déc /2005 18:32
Le 22ème jour : Dimanche 7 mai - Santo Domingo de la Calzada/Belorado (26 km)
 

Je quitte le refuge vers 7 h 30, il fait beau, je me sens en pleine forme… Je prends la Calle Mayor et dépasse la cathédrale où avait lieu hier soir le concert de musique classique puis je sors de la ville et passe sur le pont du Rio Oja au bord duquel une petite chapelle monte la garde.

 
Derrière moi soudain, un bruit de foule dans le petit matin… je suis rejointe par une nuée de Brésiliens très gais et très bruyants … A ce groupe joyeux se sont jointes deux femmes, une française et une suisse. J’avais prévu de marcher seule, mais notre pas s’accordant je fais route avec toute la bande et finalement je suis gagnée par l’hilarité générale… J’ai l’impression d’être revenue des années en arrière et, galopine aux genoux écorchés, de battre la campagne avec une bande de joyeux lurons. Petit à petit les écarts entre les uns et les autres se creusent et la bande se délite au fil des kilomètres… Vers 10 heures je quitte la Province de la Rioja pour rentrer dans la Province de Burgos et donc dans la région autonome de « Castille y Leon »…. Et je me retrouve à nouveau seule, comme d’habitude et comme finalement j’aime le mieux marcher.
 
Je passe Granon sans fatigue, puis Redecilla del Camino, joli village aux maisons blasonnées. A Castildelgado, je retrouve quelques pèlerins fatigués qui hésitent à continuer et qui, finalement s’arrêtent là, à l’hôtel Chocolatero (un 3 étoiles !…). Je continue jusqu’à Viloria de Rioja, le chemin traverse le village et comme une table en bois et deux bancs semblent m’y inviter, je pose le sac et sors mon casse-croûte…

 
Je suis là depuis un petit quart d’heure quand je suis rejointe par deux pèlerins qui cheminent ensemble, Huguette, qui vient du Quebec et Albert qui vient de Dijon. Huguette porte un joli chapeau de paille dans lequel elle a piqué quelques fleurs des champs. Elle a rencontré Albert sur le chemin et ils ont choisi de faire route ensemble … Albert porte curieusement un chapeau tyrollien, ses joues rebondies, son air rubicond et son rire tonitruant m’indiquent qu’il taquine autant la bouteille qu’il semble porter d’intérêt aux formes girondes d’Huguette… Nous restons là une petite heure à discuter de tout et surtout de rien et repartons ensemble, mais ils ne tardent pas à me distancer et je me retrouve à nouveau seule.
 
Lorsque j’arrive à Villamayor del Rio dont on dit que c’est la cité des trois mensonges (son nom signifie ville principale sur le fleuve alors que c’est un village minuscule sur un ruisseau…), le ciel se fait menaçant et le tonnerre commence à gronder. Je file au pas de course (enfin, ça y ressemble plus ou moins) vers Belorado à 3 km de là et quand j’arrive au panneau d’entrée de la ville la pluie commence à tomber drue… L’Albergue n’est qu’à quelques centaines de mètres, je presse le pas mais j’y arrive mouillée jusqu’aux os pour m’entendre dire par les pèlerins qui s’y trouvent, qu’il n’y a plus de place, même par terre. Dans cet ancien théâtre communal reconverti en refuge de pèlerins, il n’y a pas non plus d’accueil et personne pour me dire où je pourrais dormir… Je repars donc vers le centre ville et je demande à la première passante venue si elle connaît quelqu’un qui pourrait m’héberger pour la nuit….
 
Ma bonne étoile me conduit chez une dame qui loue des chambres… il en reste une libre ! Ce soir je dors dans un vrai lit avec de vrais draps blancs tout doux, je peux prendre une douche chaude, j’ai le chauffage central pour sécher mon linge et ma chambre est même équipée d’une télévision que je suis trop fatiguée pour regarder…
 
Dans la chambre à côté j’entends des voix, puis un rire de stentor qui me renseigne sans doute possible sur l’identité de mes voisins, je m’endors déjà alors que le Québec et la Bourgogne scellent une alliance libertine et bruyante qui ne m’empêchera pas de plonger dans un profond sommeil en souriant aux anges…
Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Samedi 12 novembre 2005 6 12 /11 /Nov /2005 18:38

Conseils de lecture :

A ceux qui veulent "voyager" jusqu'à Compostelle,
mais assis dans leur fauteuil,

ce livre aux merveilleuses images de Jean-Yves Grégoire
chez Rando Editions

et pour ceux qui veulent vraiment partir sur le chemin, un guide à mettre dans son sac (il y a une nouvelle édition chaque année... prendre toujours la plus récente !)

Le chemin de St Jacques
"de St-Jean-Pied-de-Port à Compostelle" de Louis Laborde-Balen et Georges Véron (Rando Editions)

il existe aussi le même guide pour toutes les portions partant de France par une autre voie
(Voie de Tours, d'Arles, du Puy en Velay ou de Vezelay...)

 

Buen camino !

 
Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle - Communauté : COMPOSTELLE
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Samedi 12 novembre 2005 6 12 /11 /Nov /2005 18:36

Le 21ème jour – Samedi 6 Mai : Najera/Santo Domingo de la Calzada

 

 

Encore une fois je suis la dernière à quitter le refuge. Hier, émerveillée devant un vitrine de vêtements, j’ai craqué pour deux jolies robes pour mes filles… ce matin je me suis levée de bonne heure, j’ai laissé mon sac au refuge  pour aller poster le colis en ville, une heure de marche supplémentaire aller-retour avant même de reprendre le chemin… mais elles verront que sur la route je pense aussi à elles…

Le refuge fermant ses portes à 9 heures j’ai du courir pour récupérer mon sac et je n’ai même pas eu le temps de boire un café ! Qu’importe, je prends mon sac, mon bâton, mon chapeau et j’attaque une longue côte en pensant que je trouverai bien un village et un café où petit-déjeûner…

Aujourd’hui je marche loin de la route. Je ne suis pas blasée de retrouver les grands étendues champêtres où alternent les champs de céréales et les champs de vignes.

Je suis partie maintenant depuis trois semaines et je laisse plus de 300 km derrière moi, mais, malgré l’entraînement, démarrer le matin par une longue côte l’estomac vide est un peu rude… ce n’est qu’à Azofra, à 6 km de Najera, que je trouve enfin un endroit où me restaurer… Je pose le sac et vide d’un coup un grand verre de vrai jus d’orange et je demande au bistrotier de me préparer un sandwich au saucisson pour le casse-croûte de midi et deux œufs au plat et un grand café pour tout de suite… ah ! ces 6 km à jeun m’ont donné de l’appétit.

Mon petit déjeuner terminé je reprends mon baton mon sac et mon chapeau et me heurte en sortant à un vieil homme à qui, tout en m’excusant de ma hâte, je demande où se trouve l’Albergue, car je n’ai pas oublié ma promesse faite la veille au Padre Prudencio. Le vieil homme me regarde en souriant et me demande pourquoi je cherche l’Albergue… visiblement ce n’est pas pour m’y arrêter car je viens tout juste d’entamer mon étape du jour. Je lui réponds que j’ai un message pour Maria de la part de son frère Prudencio, prêtre à Najera…. Son sourire s’élargit jusqu’aux oreilles. Il me dit : « Maria n’est pas à l’auberge pour le moment et l’auberge est fermée le matin, mais je peux lui donner le message, Maria est ma sœur… je suis son frère Arsénio et aussi celui de Prudencio ! Comment va le Padre ?… ».
Comme le Padre Prudencio la veille, Arsénio m’accompagne , les deux mains dans le dos, tout en papotant… puis il me dit « Buen tiempo para caminar ! » « Beau temps pour cheminer ! » en regardant le ciel sans un nuage… Sans doute l’interroge-t-il pour apprécier le temps dont il dispose pour m’accompagner un brin de chemin ? Alors  nous continuons tout doucement en devisant comme si nous nous connaissions depuis toujours… Arsénio me raconte les projets hospitaliers de son village, le futur et immense Albergue dont la construction est prévue pour bientôt… on n’attend plus que les crédits de la région…

Chemin faisant, nous nous arrêtons devant une maison d’où sort une femme très souriante. Arsenio me la présente, elle s’appelle aussi Maria et leurs grand-mères étaient sœurs… c’est donc sa petite cousine. Maria me propose un café, un verre d’eau ou de limonade, une orange ?… J’accepte l’orange avec gratitude, pour la route, et Maria me demande de faire une prière pour elle à Compostelle… Elle me prend dans ses bras affectueusement et m’embrasse comme du bon pain. Je sens que son émotion n’est pas feinte. Cette faculté qu’ont les gens de rencontre, sur le chemin, de nous charger, nous pèlerins, d’une part de ce quelque chose, d’important pour eux, qui ressemble à un fardeau, une peine, une doléance, un vœu, une petite partie de leurs espoirs… et de la confiance qui l’accompagne, m’émeut terriblement. Tout d’un coup, sans que nous nous connaissions, ils nous confient un peu de leur vie, de leur espérance, et tout se passe dans un regard, un serrement de main, une accolade, un sourire. Et dans ces moments là… je crois… je crois  que le monde est beau.

Arsenio m’accompagne encore un petit kilomètre et m’explique le chemin jusqu’à la sortie du village. Nous nous disons adieu… il me prend les deux mains, les serre doucement, tout en les secouant, et me dit : « Buen Camino peregrina » « bon chemin pèlerine »… avec un grand sourire… je me retourne plusieurs fois pour le saluer de la main, jusqu’à ce qu’un virage nous cache l’un à l’autre…

A quelques centaines de mètres du village, je tombe sur « El Rollo de Azofra », une sorte d’immense épée taillée dans la pierre et fichée dans le sol. Je n’en connais pas la signification exacte, mais peut-être ce monument fait-il référence à la bataille que vers 1360 Pierre 1er le Cruel remporta avant d’être assassiné sous sa tente, avec la complicité de Du Guesclin, par son demi-frère Henri de Trastamare qui deviendra Henri II de Castille.

 

Il fait très chaud et je marche depuis environ 8 km après Najera lorsque j’aperçois sur ma gauche de magnifiques chênes. Pas un point d’ombre alentour et jusqu’à perte de vue… Je pense qu’il est temps de faire une pause et de profiter de cette relative fraîcheur que m’offre ces grands arbres. En m’avançant plus avant je m’aperçois que d’autres pèlerins ont eu la même idée. Ils sont trois et j’ai un temps d’arrêt en les voyant… Ils ont bien des sacs à dos comme moi mais leur accoutrement contredit ma première impression… On les verrait plutôt sortant d’une réunion d’actionnaires et leur complets vestons noirs, leurs chaussures noires, leur chapeau noir paraissent complètement anachroniques dans le décor. Comme la chênaie est grande je m’installe un peu à l’écart et déballe mon casse-croûte… A quelques dizaines de mètres à droite un berger et ses deux grands chiens garde un troupeau de brebis. L’un des chiens vient me voir pour glaner quelque chose et je lui donne le reste de mon pain. Puis je m’étends quelques minutes pour récupérer un peu, je somnole un quart d’heure. Lorsque je reprends contact avec le réel, je m’aperçois qu’un autre pèlerin est venu agrandir le groupe… il se masse les jambes et a l’air de souffrir. Je lève les yeux, je m’aperçois que le ciel se charge de gros nuages noirs, je décide de repartir en espérant que je les gagnerai de vitesse jusqu’au prochain abri.

Le ciel s’est assombri tout d’un coup, je n’ai fait que quelques centaines de mètres lorsque la  pluie se met à tomber… j’ai juste le temps de m’abriter en courant sous une grange en tôle providentielle. Deux pèlerins s’y sont déjà abrités et m’aident à mettre mon poncho car mon sac, trop haut, m’empêche la manœuvre. Le ciel se déverse sur le toit de taule qui amplifie le bruit. Il pleut à verse… la pluie ne semble pas devoir finir je décide donc de repartir. Je dépasse Ciruena, puis Cirinuela… il pleut toujours. Puis tout à coup l’orage éclate et là je prends peur. J’accélère le pas en essayant de me faire toute petite et de raser le sol…, les derniers kilomètres semblent toujours les plus longs.

J’aperçois au loin Santo Domingo de la Calzada au bout d’une longue très longue descente jonchée de hauts monticules de pommes de terre qui achèvent de pourrir. Plus j’avance plus j’en sens l’odeur putride… à l’entrée de Santo Domingo l’odeur est insoutenable. La pluie s’arrête alors que je rentre dans la ville.

Lorsque j’arrive à l’Albergue, un bâtiment monumental, très ancien et très beau, le refuge est déjà plein à craquer … on m’oriente vers un gymnase où l’on a étalé par terre de nombreux matelas en mousse. Il y a des douches chaudes, de quoi laver son linge et le faire sécher, une petite cuisine avec une cheminée, quelques tables et chaises dehors et même un barbecue.

Il y a aussi, chose étrange, un petit poulailler où se trouvent 3 poules et 3 coqs dont j’apprends qu’ils sont les « rechanges » des volailles de la cathédrale (je raconterai demain la légende du pendu dépendu).

Après une douche réparatrice je vais flâner en ville et visiter la cathédrale. Il y a un concert ce soir  et c’est la répétition. Je m’installe dans un coin et j’écoute, du Mozart, du Bach, je ferme les yeux et je m’imagine que ce concert n’est donné que pour moi… Superbe !

En revenant de la ville, je rencontre les 3 basquaises de Los Arcos, retrouvées la veille au soir à Najera, elles m’ont gardé un lit au refuge. Elles m’aident à « déménager » et je me retrouve dans un petit box très confortable… Nous partons ensemble nous restaurer « Al meson del Abuelo », « l’auberge du grand-père » de pimientos rellenos et de trucha con jamon (piments farcis et truites au jambon)… Il est à peine 22 heures lorsque nous rentrons au refuge, j’ai réussi à joindre ma famille au téléphone, me voilà rassurée (et eux aussi).

Malgré ma fatigue et les 22 km parcourus aujourd’hui, je reste plus d’une heure à attendre que le sommeil vienne et à écouter dans le noir les ronflements, les soupirs, les gémissements, les bruits de sacs de couchage… Juste avant d’être emportée par mes rêves, j’ai l’impression fugitive que tous ces gens autour de moi s’abandonnent enfin dans un instant d’humanité…

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Dimanche 6 novembre 2005 7 06 /11 /Nov /2005 20:19
Le 20ème jour - vendredi 5 Mai NAVARRETE/NAJERA – 16 km

 

 

Ce matin il fait beau et chaud et même si le parcours me semble un peu monotone : ni trop de montées, ni trop de descentes, j’ai plaisir à marcher parmi les champs de vignes de la Rioja, la plus petite province d’Espagne, grande comme un département français. Il y a parfois des tronçons magnifiques et j’en oublie l’agitation de la nationale 120 qui, sur cette portion, longe le chemin trop souvent.

A la sortie de Navarrete j’admire le portail roman du petit cimetière. On dit qu’il provient des ruines de l’ancien hôpital de Saint-Jean d’Acre. Je ne suis pas une spécialiste en architecture et il est probable que cette « pièce » est remarquable en bien des points, mais ce qui m’a émue le plus est de savoir qu’un simple maçon a transporté et reconstruit cet ouvrage tout seul, porté par sa piété et son amour du beau. On trouve sur le chemin, beaucoup de traces de ruines qui ont été oubliées là, et dont on ne sait plus parfois quelle histoire les a portées…

Je m’arrête un instant, parce qu’un chant d’oiseau me ravit les oreilles. Je pose mon sac au bord du chemin et j’écoute avec attention ce qu’il essaie de me dire. Je crois qu’il dit le bonheur d’être en vie, de pouvoir jouer des ailes avec le vent, de sentir l’été se répandre dans l’air et l’intensité du soleil colorer sa pupille… Je crois qu’il se demande quel drôle d’oiseau je suis alors qu’en sifflant à mon tour je lui donne la réplique… J’essaie de l’apercevoir en me guidant sur son ramage, je le cherche des yeux dans le feuillage épais du chêne où il s’abrite.

Allongée sur le sol, les yeux au ciel, je me prélasse là, au soleil, sur l’herbe grasse du fossé, je n’ai plus envie de repartir : je voudrais me figer dans l’éternité de cet instant. L’oiseau continue ses trilles et ses arpèges. Personne ne me précède ni ne me suit… à perte de vue. Je suis seule et une vague d’émotions me submerge. Je sens les yeux me picoter… est-ce que c’est ça le bonheur ?
Je repars avec un peu de mal et je quitte à regrets mon petit oiseau bavard qui continue sans moi à chanter ses louanges à la vie. Toute à mon concert de trilles, je n’ai pas vu s’accumuler de gros nuages au-dessus de moi et tout à coup la pluie tombe à verse et le temps d’enfiler à grand peine mon poncho, je suis trempée jusqu’aux os… Puis la pluie s’arrête aussi soudainement qu’elle est venue et le soleil et le vent doux ne sont pas longs à me sècher.


A l’approche de Najera je remarque un message peint sur un mur, qui s’adresse aux pèlerins de passage… « Peregrino : en Najera, najerino » je ne saisis pas bien le sens de la phrase et c’est un vieux curé en soutane que je rencontre là alors qu’il se promène, qui m’en donnera la clef : « Pèlerin, à Najera, sens-toi chez toi ». Padre « Prudencio », c’est son nom, semble apprécier notre rencontre et vouloir me faire la conversation, il m’accompagne doucement sur la route. Je ralentis mon pas pour me mettre à son rythme. Padre Prudencio me raconte son village, son sacerdoce, sa vie… Il me parle aussi de sa sœur Maria qui tient le gîte d’Azofra où je passerai demain et me demande de l’embrasser pour lui. Je lui en fais la promesse.
Mon chemin se poursuit vers Najera où j’arrive vers 13 h. L’accueil au refuge est assez abrupt pour ne pas dire antipathique… du genre : vous êtes en pèlerinage, vous n’êtes pas des touristes, pour mériter les grâces qu’on vous promait, il vous faudra d’abord en baver… Et d’abord : douches froides car l’eau chaude ramollit les corps… et si sur votre « credential » vous n’avez pas fait assez de km, on vous renvoie plus loin… Bref, un garde-chiourme nous accueille plutôt qu’un hospitalier… mais le chemin nous apprend à accepter ce qu’il nous offre. Je prends donc ma douche, froide et je me sens tout de suite mieux. Je me prépare un pain bagnat que je dévore avec appétit et pars faire un petit tour dans la ville.
Najera abrite le panthéon de Santa Maria La Real et une trentaine de « gisants » dont celui de la reine Blanche de Navarre qui eut un célèbre grand-père : Le Cid. Cette Dona Blanca mourut en donnant le jour à celui qui sera roi de Castille : Alphonse VIII. 
Mon petit tour dans la ville me fait repérer « Al Meson de la Amistad » l’auberge de l’amitié qui sert le repas du pèlerin. J’y dîne le soir en compagnie des 3 basquaises que j’avais rencontrées à Los Arcos. Il y a aussi Michel le rêveur, Tina la belle brésilienne, Lydie la parisienne de Neuilly… A la table à côté, un couple de Toulousains d’origine espagnole, Louisa et José-Luis, 75 ans tous les deux, font le chemin pour la 8ème fois… Je les admire sans réserve et nous entamons une très longue conversation qui se poursuivra fort tard. J’espère les revoir sur le chemin…
Le retour vers le gîte est d’autant plus chaleureux que nous savons que l’accueil sera spartiate… Une fois encore le gîte est plein à craquer… Je m’endors au doux son des ronflements auxquels je trouve, finalement, un côté rassurant...

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Samedi 29 octobre 2005 6 29 /10 /Oct /2005 20:31

Le 19ème jour : Jeudi 4 Mai VIANA/LOGRONO/NAVARRETE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après l’expérience des grandes villes et donc des grands refuges, se renforce l’idée que j’ai tout intérêt à éviter les unes et les autres ! Je prévois de faire halte dorénavant dans les petits refuges, quite à faire des étapes plus courtes… mais tout me semble préférable, même une nuit à la belle étoile, à ces grands rassemblements bruyants et dérangeants… J’ai pris goût à la solitude.

Le départ de Viana se fait encore une fois sous la pluie qui ne s’arrêtera qu’à l’entrée de Logrono.

Je quitte la Navarre pour entrer dans la Rioja, pays de vignes mais aussi de marais et de terres lagunaires baignées par l’Ebro.

C’est Félisa, brave mémé qui arrête les pèlerins pour en faire le décompte, qui m’obligera à ma première halte de la matinée. La maison de Félisa est située sur le bord du chemin, et dès les premières heures du jours Félisa est à son poste, prête à établir les comptes de la journée, elle est devenue une figure emblématique du chemin.

 Elle possède son propre « sello » (prononcer : « sélio ») ou « cuno » (prononcer « counio ») c’est à dire le timbre que l’on appose sur les « credentiales » pour justifier du passage à un endroit donné. Sur le sien figurent trois mots et leurs légendes... "des figues, de l'eau et de l'amour".  

Elle me demande de signer son livre d’or, elle m’appelle « hija » (« ma fille ») et me demande de faire une prière pour elle à Compostelle. Je lui en fait la promesse et j’accepte avec gratitude les figues sèches de son figuier. Je lui laisse une obole pour toutes ses gentillesses… Elle me serre fort dans ses bras, je l’embrasse et elle me dit : « va ma fille, va ! ».

La pluie s’arrête, j’en profite pour quitter le poncho. La traversée de Logrono est éprouvante. Je déteste la traversée des grandes villes. Je marche près de 2 heures à travers rues et ruelles tristes et sombres, je traverse des faubourgs hideux et sans poésie avant d’arriver sur les boulevards extérieurs, mais la ville est en travaux, je me retrouve au milieu d’un immense chantier où évoluent d’énormes engins. C’est le chauffeur d’un bulldozer qui me voyant perdue au milieu des ornières boueuses descendra de son mastodonte pour me montrer le chemin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’emprunte un passage souterrain qui passe sous l’autoroute. Tous les murs sont taggués, mais ces taches de couleurs dans la grisaille mettent de la gaieté dans l’air. Je rentre dans le Domaine de La Grajera, aménagé en Centre touristique autour d’un magnifique plan d’eau. A cette époque de l’année l’endroit est désert, seulement fréquenté par quelques « joggueurs ». Je décide d’y faire ma pause casse-croûte : un bout de chorizo, la « guajada » achetée la veille et un gâteau sec aux amandes… Cette halte est salutaire car je viens de faire 15 km depuis mon départ de Viana et j’accuse un peu de fatigue…

 

 

La montée dans les champs de vignes est bien raide et depuis quelques heures le vent souffle fort. Je longe sur 3 bons km l’autoroute dont je suis séparée par un grillage avant de pénétrer dans Navarrete par une rue pavée dont les maisons restaurées paraissent très anciennes.

On m’indique l’Albergue dans un immeuble vétuste en cours de restauration. L’endroit est magnifique. L’intérieur, refait à neuf augure d’une agréable nuit. Le « dortoir » est immense et toutes les couches sont occupées. C’est un peu la tour de Babel, j’entends parler anglais, allemand, espagnol, italien, portugais (brésilien) et assez peu le français. Il s’instaure entre tous une manière d’échanger et de communiquer qui tourne souvent autour des petits et grands maux du chemin : ampoules, mal aux pieds, mal aux jambes, mal au dos… petits et gros bobos, mais aussi parfois la communication se fait plus profonde par un mot ou un regard, un geste, une attention… nous savons appartenir à une même communauté.

La douche, comme chaque jour, remet les compteurs à zéro. J'ai marché pendant 22 km aujourd'hui... Malgré la fatigue je me sens en pleine forme. Je pars visiter un peu la ville, je tente de joindre les miens au téléphone sans succès. Le moral baisse d’un coup… Est-ce la déception de n’avoir pu joindre personne au téléphone, je me couche sans dîner et sombre aussitôt dans un sommeil profond.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Vendredi 28 octobre 2005 5 28 /10 /Oct /2005 02:32

Le 18 ème jour – Mercredi 3 Mai : Los Arcos/Viana

 

 

 

 

 

 

Dernière étape en Province de Navarre… puis j’entrerai au cœur de la Rioja. Il n’est que 7h30, pourtant, encore une fois, je suis la dernière à quitter le gîte. Je peux donc goûter pleinement tous les bonheurs du chemin, en solitaire.

Vision insolite à quelques centaines de mètres du refuge : un cimetière de bornes kilométriques de provenances très diverses (Logrono, Torres, Estella, Urbiol…), elles ont échoué là au milieu des oliviers et des fleurs sauvages après la réfection de l’ancienne Nationale 111.

Il fait un temps superbe, j’ai plaisir à cheminer à travers champs, vignes et amandiers… Je retrouve les odeurs du petit matin… Je passe à gué  el arroyo de Valseca puis deux ou trois kilomètres plus loin el arroyo San Pedro… Tout autour de moi et jusqu’à l’horizon, mon regard se perd dans les immenses étendues champêtres… des plaines en dégradé de verts à perte de vue… Je commence à ressentir une certaine ivresse à marcher seule au milieu de ces espaces désolés.

J’entre enfin dans le village de Sansol par la Calle Mayor puis la Calle Real qui laisse supposer qu’un roi au moins l’a prise avant moi…  Torres del Rio, le village suivant est si près du premier qu’ils semblent n’en former qu’un seul à peine séparés par le rio Linarès. Le chemin remonte dru vers Sancto Sepulcro, une jolie église que j’aurais aimé visiter… Un pèlerin de Majorque rencontré à l’Auberge dans la soirée aura plus de chance que moi et saura en trouver la clef…

C’est à la sortie de Torres del Rio que perdue dans mes pensées je manque un embranchement et me retrouve, perdue, au milieu des oliviers, du thym, de la garrigue… J’aperçois le chemin en contrebas, juste en face de moi, mais je ne peux franchir les 50 m qui m’en séparent car je me suis embringuée dans une série de restanques infranchissables bordées de ronciers plus hauts que moi. En tentant de rejoindre ce chemin qui me narque à quelques dizaines de mètres plus bas, je me pique à la végétation sauvage, je roule sur des pierriers et des blocs de terre durs comme du béton… je perds une bonne heure à couper à travers collines et rocailles pour retomber sur la nationale 111. En longeant cette route goudronnée sur 500 m je rejoins enfin le chemin, qui, aux abords de Viana devient si étroit que les orties qui le bordent des deux côtés me caressent « gentiment » les mollets… La montée jusqu’au gîte est raide et dans la colonne « observations » du registre des entrées de l’Albergue « Andres Munoz », je marque « ouf ! ».

 

Aujourd’hui j’ai cheminé en solitaire durant les 20 km de l’étape, et si l’arrivée au refuge est toujours un soulagement, je vois bien que ces presque trois semaines de marche intense portent leurs fruits. Les vingt kilomètres  d’aujourd’hui n’ont pas été aussi douloureux que les 8 séparant Bussunarits de St-Jean-Pied-de-port…

Arrivée en début d’après-midi j’ai le temps de visiter la petite ville de Viana, très jolie, aux ruelles étroites et ombragées… je fais quelques courses en prévision du casse-croûte du lendemain et surtout j’achète un petit pot de « guajada », caillé de brebis découvert depuis quelques jours et dont je me gave avec délices et sans remords…

Je me joins à quelques pèlerins sympathiques pour aller dîner chez « Pitù » où l’on nous sert un repas mémorable… Repas qu’oublie de payer « Michel », un pèlerin très étourdi (mais dont l’étourderie semble chronique à ce que disent certains) … je règle sa note pour éviter un esclandre dans le restaurant…. Et quand je lui signale plus tard son oubli, il me remercie gentiment mais oublie aussi de me  rembourser…

Nous sommes déjà en Mai, la montagne est loin, à plus de 150 km derrière moi, en passant sur le versant sud des Pyrénées j’ai trouvé non seulement une végétation et un climat plus méditerranéen mais aussi la douceur du soir dans l’été qui s’annonce. Le retour à l’Albergue par les ruelles pavées à l’atmosphère médiévale me laisse comme un regret, celui de ne faire que passer…

Cette nuit encore les ronflements berceront mon sommeil, mais qu’importe cette promiscuité si c’est une partie du prix à payer pour en goûter toutes les merveilles… je me sens vraiment au « cœur » du chemin.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /Oct /2005 02:33
Le 17ème jour – Mardi 2 Mai 2005 : VILLAMAYOR /LOS ARCOS

 

 

Cette nuit, couchée sur le sol en carreaux de marbre, j’ai eu très froid… J’ai entendu sonner les heures (et les demi-heures)… J’ai dû somnoler quand même un peu car je me réveille en sursaut alors que le jour est levé. Je rassemble rapidement mes affaires car j’ai hâte de repartir… l’endroit où j’ai dormi ne comporte ni douche ni wc et j’ai un besoin urgent d’aller arroser les coccinelles…

Villamayor est située entre deux grands refuges, celui d’Estella où j’ai dormi la veille et celui de Los Arcos où je compte faire halte pour la nuit. J’ai donc fait hier soir le tiers de l’étape prévue pour aujourd’hui… malgré ça, je me retrouve déjà « rattrapée » par des pèlerins partis d’Estella aux aurores … et je dois patienter encore 3 bons km avant de trouver, entre deux vagues de marcheurs,  un endroit calme au pied d’un arbre (saule ou olivier, je ne sais plus) à qui fournir un bon engrais…

Ensuite, je me sens pousser des ailes… mais je n’ai jamais autant vu de marcheurs que ce matin… Le chemin de terre, assez rocailleux, trace à travers champs  dans des zones pratiquement désertiques… C’est beau ! De part et d’autre, des champs de blé encore vert, d’orge ou de seigle… je ne sais… marcher au milieu de ce tout me donne la pêche !…

 

Et puis il y a les odeurs du petit matin, l’air est empli d’odeurs, de terre, de menthe poivrée, d’herbes froissées, de fleurs que je n’arrive pas toujours à identifier, de lisier parfois… odeurs d’étables qu’on ne voit pas… et odeur de l’eau à l’approche des ruisseaux, odeur humide du sol chauffé aux rayons du soleil,  odeur des particules de poussières dès que le soleil est plus chaud… Je n’ai jamais rencontré un tel sentiment de liberté. J’ai tout à coup le cœur qui explose… aux idées moroses de la veille succède un sentiment de plénitude jouissive…

De loin en loin se succèdent zones rurales isolées et villages désertés (despoblados), quelques bergeries, quelques abris signalent une présence récente… et sur un promontoire, tout en haut d’une colline au loin, j’aperçois le sanctuaire de San Gregorio Ostience. 

 

 

 

Les 13 km qui me séparent de Los Arcos sont vite franchis… j’entre vers midi dans la ville aux arcades, le refuge est placé au bord d’une rivière où pataugent de nombreux canards… Il y a déjà beaucoup de monde, on m’attribue le lit n° 17 dans une chambrette de 4 lits. C’est propre et confortable, tout paraît neuf et bien entretenu, il y a des douches chaudes et des wc, un vrai petit paradis… tenu de mains de maîtres par un couple de Belges qui prend à cœur la bonne marche du gîte…

3 basquaises partagent ma chambre, très sympathiques elles me racontent leur périple depuis Ostabat dont elles sont originaires… après plusieurs essais malheureux (2 départs, 2 retours, neige, entorses, ampoules et autres maux…) elles ont finalement réussi à franchir le col de Roncevaux quelques jours après moi, en repartant de la Vierge d’Orisson d’où elles avaient échoué à leur dernière tentative… 

 

 L’ambiance du gîte est très sympathique… si différent d’Estella… je pars déjeuner en ville, j’en profite pour visiter la cathédrale, son petit cloître gothique flamboyant, magnifiques, et je me perds avec délice dans les vieilles ruelles. J’erre, le nez en l’air et j’aperçois un nid de cigognes sur le toit d’une église… 

Je fais quelques emplettes et puisque le gîte est bien équipé je me lance dans la confection d’une « camouniya »  Comme j’en ai fait largement pour moi, je partage ce qu’il me reste… succès assuré dans un domaine où j’ai bien remarqué que la plupart du temps c’est un peu chacun pour soi…

 

Ces pèlerins, dont je fais pourtant partie, m’étonnent… Ils « gèrent » leur pèlerinage comme ils organisent sans doute leur vie ou leurs vacances… Leurs étapes sont planifiées, le nombre de kilomètres journaliers est prévu conformément aux topos guides qu’ils utilisent, la plupart de ceux à qui j’ai parlé du sujet peuvent me donner au jour près la date de leur arrivée à Compostelle… certains ont déjà leur billet de retour en train ou en avion… Bon c’est vrai que beaucoup ont une obligation professionnelle avec date de retour impérative… mais cela me gênerait beaucoup d’avoir à penser que je dois être ici ou là à telle date et de connaître déjà par avance le moment où ce voyage se terminera…

Je crois bien, depuis que j’ai entrepris cette longue marche, que je n’ai jamais pensé à mon retour… Je ne sais pas encore si je m’arrêterai à Compostelle ou si je continuerai jusqu’à Fisterra… J’ apprécie cette idée de n’avoir en tête que les heures à venir… aucun projet autre que celui d’avancer … même pas le but du refuge à atteindre pour le soir… petit à petit je me satisfais de cette nonchalance à ne rien prévoir d’autre que de mettre mes pas dans le pas de ceux qui m’ont, depuis des siècles, précédée.

Hier j’étais troublée par le départ de ma sœur, par le fait que je venais de revoir ma famille et que je la quittais pour la seconde fois, mais aujourd’hui les quelques 12 ou 13 km que j’ai parcourus entre Villamayor et Los Arcos m’ont fait franchir une frontière invisible. Je sais que les miens peuvent « survivre » sans moi… je me déleste de tous ces fils ténus mais pesants qui me tiraillent et me retiennent en arrière… oui, à compter d’aujourd’hui je pars en avant et pour mon seul profit…

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /Oct /2005 02:35

Le 16ème jour : Lundi 1er Mai

ESTELLA/VILLAMAYOR DE MONJARDIN

 

La nuit au refuge des Amis de Santiago a été bercée par un chœur de ronflements sur tous les diapasons… le matin nous trouve la mine défaite, autant par le manque de sommeil que parce que nous savons qu’aujourd’hui Chris repart.

Puisque nous ne reprenons pas la route nous en profitons pour donner un coup de main aux hospitaliers, histoire de meubler la matinée. A midi nous retrouvons Pierre, Steph, July et Ionna venus chercher Chris. Nous déjeunons ensemble mais je ne suis pas à l’aise : heureuse de les voir, oui, mais terriblement malheureuse de reprendre le chemin seule et de les quitter une deuxième fois…

J’avais pensé prendre une journée de repos à Estella, mais là j’ai le moral au fond de mes chaussettes, je n’ai pas envie de retrouver la foule des pèlerins au refuge… je décide à cinq heures du soir de repartir sur l’étape suivante vers Los Arcos et de marcher jusqu’où je pourrai avant la nuit…

Bien que la grosse chaleur de la journée soit passée il fait encore très chaud. Je reprends mon bâton et entame la montée vers Villamayor à une dizaine de km… Le chemin est en surplomb à une centaine de mètres au-dessus de la route nationale très fréquentée… j’entends le bruit des voitures très atténué, et cela fait un contraste surprenant entre l’agitation en contrebas, le bruit de la vie, et le calme silencieux qui règne sur cette portion de route qui semble paradoxalement loin de tout… Je dépasse Ayegui sans m’en apercevoir, le chemin, caillouteux, continue de monter à travers les champs de vignes, puis j’entre dans une forêt de petits chênes verts et là je n’entends plus aucun bruit… Je me retourne souvent avec l’impression que quelqu’un marche derrière moi… Le soleil tape encore… je bois beaucoup d’eau, j’ai l’impression que les deux litres dont j’ai fait provision ne suffiront pas avant le prochain point d’eau… Comme pour me narguer je tombe sur un panneau qui indique qu’à quelques centaines de mètres, de l’autre côté de la route, se trouve une curiosité : les bodegas d’Irache dont une fontaine distribue gratuitement, mais seulement aux pèlerins, du vin à volonté !!

Je lirai plus tard sur mon guide qu’une inscription figure sur la fontaine et conseille au pèlerin : « Peregrino si quieres legar a Santiago con fuerza y vitalitad, de este gran vino acha un trigo y brinda por la felicidad… » « Pèlerin si tu veux arriver à Santiago plein de force et de vitalité, de ce grand vin bois un coup et trinque à la félicité… ». Santa Maria la Real d’Irache fut le premier monastère de Navarre (dès 1050) à accueillir, bien avant Roncevaux, les pèlerins qui se rendaient à Compostelle. Il abrita également, au 16 ème siècle, une université qui fut transférée au 19ème à Sahagun où je dois faire étape dans quelques jours.

Le chemin continue à serpenter dans les vignes et les petits bois de chênes. Le sol est très inégal et parfois même le chemin disparaît, je contourne des petits taillis et des buissons en me demandant si je ne me suis pas perdue, et je retrouve à nouveau le chemin un peu plus loin.

J’aperçois déjà le village de Villamayor lorsque je tombe en arrêt devant une sorte de fontaine ou plutôt de « citerne » en contrebas du chemin… On y descend par un escalier de pierre jusqu’à une nappe d’eau claire où nage une carpe (dont j’apprendrai plus tard qu’elle sert de « baromètre » quand à la pureté de l’eau…). L’eau paraît bonne mais je n’ose pas y tremper mes bouteilles pour renouveler mes provisions.

Alors que je remonte l’escalier de la fontaine, j’entends un vacarme épouvantable, bruit de freins qui crissent, de dérapage sur le goudron et de tôles froissées… Un grave accident vient d’avoir lieu en contrebas de la route. Un silence de plomb succède au bruit infernal et dans ce silence j’entends tout d’un coup un enfant qui pleure… je suis à quelques centaines de mètres du village, je me mets à courir aussi vite que mon sac à dos me le permet… j’y arrive à bout de souffle et je frappe à la première porte que je trouve… personne ne répond. Je frappe comme ça à une dizaine de portes et j’ai la curieuse impression qu’il y a bien des gens à l’intérieur mais qu’on ne me répond pas volontairement… Je suis bouleversée… Je voudrais donner l’alerte pour que les secours s’organisent, alors je vais droit sur l’église où je suppose qu’un curé m’ouvrira… mais même l’église est fermée. En remontant plus haut dans le village vers la fontaine qui semble en marquer le centre je rencontre enfin une vieille femme  et comme je m’apprête à lui raconter ce que j’ai vu, j’entends au loin une sirène de police, j’en conclue que quelqu’un a déjà dû donner l’alerte… je me contente donc de lui demander si l’eau de la fontaine est potable. Elle me toise de haut et me répond qu’elle en boit depuis qu’elle est née ici et que visiblement, si je ne suis pas aveugle, elle s’en porte plutôt bien… je lui demande alors si elle connaît un endroit où je pourrais passer la nuit et peut-être me restaurer. Elle me répond tout aussi crument que non, il n’y a ni épicerie, ni restaurant, ni hôtel et que franchement, non,  elle ne voit pas qui pourrait m’héberger…

La nuit tombe d’un coup et ne sachant où aller, je me réfugie sous le porche de l’église en me disant que « qui dort dîne »… et je commence à déballer mon sac de couchage. Au bout de quelques minutes, je vois un homme arriver et me dire de le suivre… il ouvre une porte qui donne dans une petite pièce vide et m’indique que je peux dormir ici si je veux, mais qu’il n’y a ni sanitaire ni wc… Je m’en contente donc, heureuse d’avoir quand même un toit au-dessus de ma tête au cas où il pleuvrait !

Le repas se limite à une gorgée d’eau… et je m’installe sur le sol et tente de dormir. Cette nuit pas de ronflements intempestifs… mais un froid sibérien… je me rends compte que le sol est en marbre et même le carré de mousse que j’ai posée sous mon sac de couchage n’arrive pas à m’isoler du froid. Je suis glacée jusqu’aux os…

Durant la nuit j’entends quelqu’un entrer puis s’apercevoir que je dors sur le sol et ressortir aussitôt… Je compte les heures qui sonnent au clocher juste au-dessus de moi et j’attends avec impatience les premières lueurs du jour pour quitter cet endroit si peu accueillant.

Par Martine Réau-Gensollen - Publié dans : Compostelle
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